Revue de presse

Si mortel Himalaya, encore une fois

Une centaine de randonneurs ont été piégés par des avalanches hors de saison sur un circuit de trek très populaire de l’Himalaya. Au moins une vingtaine de personnes sont mortes dont la moitié d’étrangers, et on reste sans nouvelle des autres: c’est l’affolement dans la presse et sur la Toile

Le Népal croyait avoir vécu le pire avec l’avalanche qui avait tué 16 sherpas en avril, provoquant la quasi-annulation de la saison touristique. Hélas: le petit monde des montagnards pleure cette semaine la mort d’une vingtaine de randonneurs, au moins, qui s’étaient lancés dans une course autour de l’Annapurna (8091 mètres, soit le 10e sommet le plus haut du monde). Ce matin le pureplayer népalais Nepalnews évoquait 4 morts à Mustang, et 18 dans les districts de Manang et Myagdi, tandis que 34 personnes auraient été secourues par l’armée depuis mardi. «Les avalanches ont été déclenchées par les pluies incessantes dans la queue du cyclone Hudhud, arrivé du Bengale». Les chiffres varient d’un site à l’autre et sont loin d’être définitifs. Le New York Times fait état de deux Polonais, deux Israéliens, et de huit Népalais pour un des groupes de quatre Canadiens et d’un Indien dans un autre. Trois éleveurs ont été emportés dans un autre accident séparé. La liste est loin d’être complète. Les randonneurs descendaient du pic de Thorong La (5416 mètres), vers le temple de Muktinath (3750 mètres). Près de 200 personnes étaient enregistrées dans la région selon la NZZ dont un groupe d’une dizaine de Suisses, qui seraient à l’abri. Tous ont été «surpris par les chutes de neige sur le très populaire tour de l’Annapurna», qui dure habituellement de 2 à 3 semaines et monte jusque 5416 mètres. «Les experts météo avaient prédit que des pluies diluviennes toucheraient l’ouest et les groupes sont donc partis, pensant être épargnés, mais de façon inattendue les vents ont tourné dans la nuit et ont touché frontalement le centre de l’Annapurna» explique le site népalais ekantipur, qui confirme le chiffre de 168 randonneurs enregistrés: on est toujours sans nouvelles de plusieurs dizaines d’entre eux depuis mardi.

Attention, il s’agit bien de randonneurs, pas d’alpinistes ou de grimpeurs chevronnés fous d’altitude: le circuit de l’Annapurna, qui s’étend sur 320 kilomètres environ, est «pratiqué par des marcheurs venus du monde entier, et parfois peu habitués à la montagne», reconnaît un guide interrogé par National Geographic. Autrement dit: vous, ou moi (ou presque). Des amateurs de paysages somptueux, sauvages, étonnants (voir ici par exemple un diaporama). On tourne autour «des Annapurnas» puisque le site comporte plusieurs sommets. «Et ce qui est habituellement aisé dans des conditions clémentes peut devenir de la vraie montagne si la météo s’y met». Or «il n’est pas facile dans la région d’avoir des prévisions qui soient fiables», explique encore la revue. De la même façon que les communications ne sont pas faciles, les téléphones portables ne sont pas toujours joignables, d’autant que les intempéries ont pu abîmer des antennes relais.

C’est l’affolement donc sur la Toile, où une page Facebook a été créée pour mettre en contact les familles et ceux des randonneurs qui sont revenus, et leur procurer les dernières informations disponibles. C’est par dizaines que les messages inquiets affluent, des Etats-Unis, du Canada, d’Australie…

Une page aussi mise à profit par de nombreux journalistes qui tentent d’entrer en contact avec des randonneurs rentrés. Plus de 1300 «likes» en moins de 24 heures: cela donne une idée du nombre de personnes encore coincées dans la neige.

«Sale année pour le tourisme au Népal, analyse la BBC, alors que la haute-montagne et la randonnée sont les piliers de son économie touristique». «Le tourisme fait vivre 500 000 personnes. Le Népal a reçu près de 800 000 voyageurs l’année dernière et aurait dû en accueillir plus de 860 000 cette année s’il n’y avait pas déjà eu ce drame de l’Everest en avril et la grève des sherpas, qui ont entraîné l’annulation de nombreux groupes» poursuit le New York Times.

Et pourtant. «Le circuit de l’Annapurna n’est pas considéré comme une zone susceptible d’avalanches, au contraire du chemin du sanctuaire de l’Annapurna», explique le site spécialisé MagicOutdoors. Et de montrer du doigt certains médias comme ce très grand journal britannique qui mêle alpinisme et trekking. «Généralement les problèmes que rencontrent les randonneurs qui visitent le Népal après la mousson sont le mal de l’altitude ou de petites maladies […] Le trekking au Népal est habituellement très sûr».

A 10h00 ce mardi, 70 personnes étaient encore portées disparues. Les secours sont sur place, tout dépendra désormais de la météo.

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