éditorial

Moscou et les cauchemars de l’Occident

La Russie prône une alliance générale contre les djihadistes. Tentant? Oui. Moral? Non

Editorial

Moscou et les cauchemars de l’Occident

Voilà longtemps que deux fantômes hantent les nuits de beaucoup de dirigeants occidentaux. D’un côté, la menace d’attaques terroristes islamistes; de l’autre, la perspective d’une vague migratoire incontrôlable qui saperait, croit-on, les fondements mêmes des nations. Aujourd’hui, même si le raccourci est rapide et trompeur, ces deux spectres semblent avancer comme jamais main dans la main.

Et voilà un autre cauchemar qui hante, sans doute, les nuits d’un dirigeant russe, Vladimir Poutine, qui s’entête à avoir raison contre tous: voir son pays, soumis à des sanctions internationales, s’enfoncer dans une impasse politique et, surtout, économique.

Les uns et l’autre sont-ils faits pour finalement s’entendre? Oubliée, l’Ukraine – dont la frontière n’a, soit dit en passant, jamais été si calme que ces derniers temps. Enterré, le prétendu fossé des civilisations entre un Occident «décadent» et une Russie qui défend les valeurs éternelles. Le terrain d’entente pourrait se trouver en Syrie, affirme aujourd’hui le Kremlin, qui propose une alliance tous azimuts contre l’ennemi commun: les djihadistes de l’Etat islamique.

Moscou ne manque pas d’arguments. Ses diplomates chargés du dossier connaissent depuis des décennies tous les acteurs à Damas; la moitié des gradés de l’armée syrienne ont fait leurs classes en Russie; tout leur armement est d’origine russe. S’il faut faire de l’armée syrienne l’épine dorsale d’une reconquête face aux djihadistes, et ainsi couper à la source le flot de réfugiés, c’est vers la Russie que l’on doit naturellement se tourner.

L’Occident n’a pas d’autre plan sous la main. Il pourrait être tenté par ce projet qui permettrait aussi, peut-être, d’en finir avec cette quasi-Guerre froide qui règne désormais en Europe. Après tout, n’est-ce pas grâce à cette même Russie qu’une issue a finalement été trouvée sur la question des armes chimiques en Syrie, amenant Bachar el-Assad à reculer?

Le problème, c’est que l’armée syrienne est responsable, grosso modo, de 80% des 250 000 morts de la guerre en Syrie. Tôt ou tard, il faudra certes composer avec cette armée, c’est la seule option. Mais, au nom de la lutte contre le djihad, faut-il absoudre aussi son état-major assassin, responsable de crimes contre l’humanité? La menace conjuguée de tous les Etats islamiques du monde ne rend pas cette perspective plus morale. Les cauchemars peuvent continuer.

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