La brutale éviction des dirigeants de la principale mosquée de Genève a ouvert une crise peu banale. Le parachutage d'un nouveau directeur par les bailleurs de fonds saoudiens de la Fondation islamique qui coiffe l'établissement religieux soulève une vague d'inquiétude compréhensible.

La thèse du redressement idéologique qui s'est spontanément répandue toute la semaine s'est nourrie d'un évident déficit d'informations maladroitement cultivé par le nouvel homme fort venu faire le ménage. Ce réflexe a aussi fonctionné en raison de préjugés tenaces vis-à-vis de l'islam, où méfiance et hostilité se mêlent pour ne plus voir les musulmans que comme des vecteurs de violence ou de codes culturels en rupture avec notre Etat de droit. Comme, de surcroît, la reprise en main concerne une institution religieuse inféodée à un Etat, l'Arabie saoudite, la thèse de la radicalisation politique s'est imposée au galop.

A ce stade, cette théorie semble pourtant ne pas tenir la route. Même les «décapités» ne se présentent plus en victimes d'un complot politique. Ils reconnaissent aujourd'hui, à reculons, les graves dysfonctionnements financiers à l'origine de la crise. L'établissement des faits reste laborieux, mais il existe assez d'éléments pour ne pas s'étonner que quatre dirigeants de la Fondation islamique aient pu tomber en disgrâce pour leur gestion hasardeuse. Les intéressés peinent à justifier le vide juridique et le chaos financier dans lesquels la Fondation a fonctionné pendant des années, échappant à tout contrôle et échouant à maîtriser ses dépenses.

Seul l'avenir dira si les décisions managériales visaient aussi un but secondaire, inavoué, autre que la légitime normalisation financière de la mosquée.

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