George Bush pense que Mossoul est une victoire: il suffisait de l'écouter mercredi commenter la mort de Qoussaï et Oudaï Hussein sur la pelouse de la Maison-Blanche; et il suffisait de voir à ses côtés le sourire presque carnassier de Donald Rumsfeld. Mais à Mossoul pendant ce temps, les soldats américains dispersaient, non loin de la villa où les fils ont été déchiquetés, une petite manifestation de fidèles de l'ancien régime. Il faut avoir aimé la dictature pour prendre un risque pareil! Mais l'incident, minuscule, devrait persuader les Américains qu'ils sont loin d'avoir gagné l'après-guerre.

Pourtant, George Bush agit comme si aucun doute ne l'effleurait, comme s'il avait la conviction que la voie solitaire choisie conduira les Etats-Unis là où ils prétendent vouloir aller: un Irak démocratisé dans un Proche-Orient stabilisé. Le président a même une nouvelle fois désavoué publiquement Colin Powell: depuis dix jours, le secrétaire d'Etat disait à ses interlocuteurs que Washington est prêt à revenir à plus de coopération devant l'immensité de la tâche militaire, politique, sociale, économique; il était disposé à discuter d'une nouvelle résolution au Conseil de sécurité, pour que les Nations unies jouent à Bagdad le rôle qui devrait être le leur. Le président, hier, a balayé cette hypothèse. La résolution existante, votée après la chute de Bagdad, est très convenable, a-t-il dit: elle accorde aux occupants tous les pouvoirs…

Les hommes qui ont planifié de longue date aux Etats-Unis la guerre pour liquider le régime de Saddam Hussein sont guidés par la certitude que la puissance américaine a les moyens de maîtriser un conflit de basse intensité. Ils sont même convaincus que l'armée aurait pu, au Vietnam, l'emporter dans une guerre autrement virulente. Il est vrai que les feddayin de Mésopotamie n'ont rien à voir avec la massive insurrection des rizières. Les stratèges du Pentagone, dans leurs bureaux climatisés, préparent pourtant au pays quelques déconvenues.

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