Editorial

Mossoul: la victoire en pleurant

Si Bagdad ne parvient pas à gagner la paix, la reprise de Mossoul restera comme une victoire sans lendemain. Une nouvelle occasion manquée de changer le cours sanglant de l’Histoire du Moyen-Orient

Dans les ruines de Mossoul, le gouvernement irakien crie victoire bien prématurément. Quand le premier ministre Haïder Al-Abadi est venu dimanche féliciter ses troupes, il restait toujours à déloger les derniers combattants de l’Etat islamique.

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Voilà longtemps que l’issue de la bataille est scellée. Face à l’alliance de forces irakiennes, kurdes et de milices chiites, appuyées par les frappes occidentales, les djihadistes n’avaient comme unique objectif que de tenir le plus longtemps possible. En entraînant un maximum de personnes dans la mort.

Tragiquement, l’Etat islamique a réussi son dessein apocalyptique. Personne ne se risque à un bilan. Des milliers d’habitants ont sans doute été tués sous le déluge de feu déclenché par l’armada anti-djihadiste. Les déplacés se comptent par centaines de milliers et rien ne dit qu’ils rentreront un jour chez eux. Tous ces Irakiens n’ont plus grand-chose à célébrer.

Bien sûr, l’Etat islamique a perdu sa capitale, où son chef Abou Bakr al-Baghadi avait proclamé le califat en juillet 2014. C’est une défaite majeure. Un coup sans doute fatal a été porté à l’ambition des djihadistes d’administrer un Etat et d’en tirer d’énormes ressources. Mais la guerre est encore loin d’être gagnée. L’Etat islamique contrôle toujours d’importantes portions du territoire irakien et syrien. Certains combattants étrangers vont probablement rentrer chez eux, exportant leur idéologie mortifère.

Dans ce paysage de dévastation, il reste surtout à l’Irak de s’atteler à la réconciliation. L’ancêtre de l’Etat islamique, Al-Qaïda, avait prospéré sur les braises de la guerre confessionnelle entre la majorité chiite, longtemps opprimée, et la minorité sunnite. Un conflit déclenché par l’invasion américaine et la chute de Saddam Hussein en 2003. Al-Qaïda avait finalement été éradiquée, mais pour laisser la place au mouvement encore plus violent d’al-Bagdadi.

Tant que le cycle de représailles entre les deux communautés ne sera pas enrayé, l’Etat islamique et ses futurs avatars trouveront un terreau fertile. Les sunnites, autrefois choyés par Saddam Hussein mais aujourd’hui marginalisés, doivent encore trouver leur juste place dans la nouvelle Irak. Si Bagdad ne parvient pas à gagner la paix, la reprise de Mossoul restera comme une victoire sans lendemain. Une nouvelle occasion manquée de changer le cours sanglant de l’Histoire du Moyen-Orient.

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