Dans son compte rendu enflammé des funérailles d’Elisabeth II, notre correspondant à Londres, Eric Albert, soulignait à juste titre «l’anachronisme patent et épatant» des cérémonies: translation et monstration du cercueil dans tout le royaume, dallage en damier de Westminster, lords alignés comme à la parade – et même Joe Biden arrivé dans The Beast, sa calèche à moteur qui, dit-on, est capable de résister à une attaque chimique ou biologique.

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Les rites funéraires sont peut-être les condensations symboliques les plus fortes que l’on puisse rencontrer: l’embaumement égyptien est une garantie d’intégrité corporelle pour l’au-delà; à Madagascar, la cérémonie du famadihana – durant laquelle on exhume momentanément les dépouilles des disparus – est une manière de maintenir le lien avec les ancêtres.

Excellent compost

En parlant de symbolique mortuaire, il est un élément qui, hic et nunc, informe les pratiques de manière croissante: l’environnement. Le mot d’ordre pourrait être le suivant: nous faisons tellement de mal à notre planète en vivant que l’on pourrait peut-être y faire un peu gaffe au moment de passer l’arme à gauche.

De fait, il est montré que l’inhumation traditionnelle d’un cadavre (puis sa décomposition) génère une quantité non négligeable de CO2. De nouvelles techniques ont dès lors fait leur apparition, comme la promession (également appelée cryomation) – attachez votre ceinture: «Le corps du défunt est plongé dans de l’azote liquide qui le refroidit à -196 °C, ce qui le rend très cassant. Il est alors facilement fragmenté en petits morceaux» sur une espèce de table vibrante. Une fois qu’il est ramené à température ambiante, vous avez là un excellent compost.

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Une bouillie de crâne

Autre technique: l’aquamation. Au départ utilisée dans les abattoirs, cette pratique consiste à plonger le corps dans de l’eau bouillante, et à laisser les chairs se dissoudre. Un rite qui ne plaît guère à l’Eglise – la Conférence des évêques catholiques du Canada s’en était émue l’année passée: «[…] pour faire fonctionner certains appareils d’hydrolyse, il peut arriver qu’on demande d’abord à l’opérateur de percer et d’écraser le crâne du défunt afin de permettre la digestion complète des tissus mous. Il y a là un manque de respect pour le corps.»

On peut faire mieux: si vous ouvrez les Mémoires de Philippe de Commynes (1447-1511), vous y découvrirez qu’Edouard IV (on fait un retour chez les Anglais) avait condamné le duc de Clarence à mourir «en une pippe de malvaisie». En français moderne: dans un tonneau de malvoisie. Santé!


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