Opinion

Moutier: aux larmes, citoyens!

OPINION. Une fois le transfert opéré, les citoyens de Moutier tourneront la page, joueront le jeu et s’intégreront parfaitement au canton du Jura, écrit Laurent Coste, président du Conseil de ville de Moutier

Chaque peuple est enfant de son histoire et chaque génération est désireuse d’en écrire une nouvelle page. Tel est le cas des Jurassiens et des Bernois. Ces derniers possèdent un Etat ancien, puissant et conquérant autrefois. Il est aujourd’hui un cas singulier: il est le seul canton suisse à posséder le tiers d’un autre, résidu du mariage forcé avec le Jura en 1815. Il a perdu le canton du Jura actuel, le district germanophone de Laufon (qui a rejoint Bâle-Campagne) et, plus récemment, la ville de Moutier.

Ces pertes territoriales ont été acceptées avec placidité par le peuple bernois, qui pense avec justesse. Elles ont été ressenties comme des humiliations par sa caste dirigeante, d’autant plus qu’elles se sont produites malgré des moyens incroyables mis en œuvre pour les empêcher: corruption, argent noir, presse achetée, pressions sur les fonctionnaires et la justice, campagnes massives et mensongères, avec chiffres falsifiés à l’appui.

A Moutier par exemple, lors de la campagne du 18 juin 2017, le canton a prétendu soutenir Moutier à raison de 7 millions par année. L’intervention au Conseil de ville de Valentin Zuber, porte-parole du comité Moutier ville jurassienne, a permis de mettre en évidence que c’était au contraire Moutier qui soutenait le canton de Berne, à raison de 3 millions par année. Cette manœuvre dénoncée a obligé le canton à s’excuser. Mais qui sait combien de citoyens ont entendu ces excuses, moins d’un mois avant le vote…

Résistance du gouvernement bernois

Chaque défaite bernoise a été une surprise totale pour sa caste politique, qui croyait ses moyens matériels et publicitaires suffisants pour venir à bout d’un peuple désarmé. Ses illusions ont été entretenues par ses partisans, souvent stipendiés, qui savaient que leur survie politique dépendait des aides que l’Etat leur fournirait et qui en réclamaient d’autant plus.

Moutier est une ville où il fait bon vivre, et il n’y a que quelques politiciens aigris par leur défaite pour prétendre le contraire

La réaction du gouvernement bernois a été constante, à savoir le refus de reconnaître son échec. Il a fallu l’intervention de la Confédération et de Bernois illustres pour que la création du canton du Jura soit ratifiée, ainsi que la perte de Laufon. Dans le cas de Moutier, cette rancune est illustrée par une campagne de dénigrement sans précédent et par des actions juridiques d’obstruction télécommandées, malgré un scrutin qui fut l’un des plus surveillés de toute l’histoire confédérale (Dick Marty dixit). Et, enfin, par de récentes initiatives farfelues destinées à occuper l’espace médiatique (partage de la ville en deux, nouveau plébiscite… mais pas avant trente ans!).

Y a-t-il derrière ces gesticulations un plan visant à annuler le vote démocratique de Moutier? On ne peut l’exclure. Le but de la campagne serait alors de créer dans l’opinion publique suisse un climat favorable à l’invalidation du scrutin par les autorités judiciaires. Il pourrait être aussi d’empêcher sa ratification par le parlement bernois, lequel peut encore faire obstacle au transfert de Moutier dans le canton du Jura.

Ultimes soubresauts

Le ton employé par les pro-bernois défaits est intéressant, car il reproduit le comportement de tous les «perdants» de combats politiques identitaires à travers le monde, à savoir que les vainqueurs sont «méchants», qu’ils ruinent le pays et oppriment les vaincus. Ce qu’il faut bien appeler les pleurnicheries d’esprits un peu égarés devient matière à articles et émissions de radio. Aux larmes, citoyens! Aux larmes de crocodile.

Dans la réalité, Moutier est une ville parfaitement calme, à désespérer les médias friands de drames, réels ou inventés au besoin. Ce que savent les pro-bernois, en revanche, c’est qu’une fois le transfert opéré, les citoyens de Moutier tourneront la page, joueront le jeu et s’intégreront parfaitement au canton du Jura. Dans une génération, on se demandera comment une telle dramatisation a été possible. Ceci n’est pas une prophétie, mais la leçon de ce qui s’est passé dans tous les territoires perdus par Berne. Une fois la mainmise de l’ancien régime levée, le parti pro-bernois s’est littéralement effondré, aussi bien dans le nouveau canton qu’à Laufon. Et la génération qui suit œuvre au bien commun, selon ses idées, n’imaginant même plus un retour en arrière.

Il en ira de même à Moutier. Il se peut donc que les gesticulations actuelles ne soient que les ultimes soubresauts d’un tout petit clan, qui sait déjà que son sort est scellé. Or, en politique, il est fréquent que la virulence augmente à mesure que les chances diminuent. Ce petit coin de Jura libéré pourrait bien confirmer la règle. Moutier est une ville où il fait bon vivre, et il n’y a que quelques politiciens aigris par leur défaite pour prétendre le contraire. Venez et vous verrez!

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