Opinion

Moutier avec Berne, pour le bien de la Suisse romande!

Le conseiller d'Etat bernois (UDC) Pierre Alain Schnegg défend l'appartenance de Moutier au canton de Berne au nom du bilinguisme et d'une Suisse romande pluri-culturelle.

Le 18 juin, Moutier fixera son destin. Cette ville divisée entre partisans d’un maintien dans le canton de Berne et chantres d’un avenir jurassien mérite de passer outre les conflits qui l’ont minée depuis des années. Pour certains, le choix entre le canton de Berne et le Jura relèverait de l’ethnie. Y a-t-il une ethnie jurassienne-bernoise ou même bernoise? L’ethnie jurassienne existe-t-elle en dehors des manuels du parfait autonomiste?

D’un point de vue historique, Moutier est indissociablement liée aux communes qui l’entourent; la ville actuelle s’est développée au fil des siècles au sein de la Prévôté et du Jura bernois. Moutier dans le canton de Berne tient un rôle important qui va bien au-delà de sa région par son tissu économique, sa culture et son esprit. Le canton de Berne ne serait pas ce qu’il est sans Moutier. Son identité, son rôle de pont entre la Suisse romande et la Suisse alémanique ne seraient pas les mêmes.

Les Romands ont besoin de Berne

Vue de Genève, de Lausanne ou de Sion, cette votation sur l’appartenance cantonale d’une ville de quelque 7700 habitants peut paraître exotique. Pourtant, ce scrutin communal pourrait avoir des retombées sur toute la Suisse romande. Avec son million d’habitants, le canton de Berne a un poids certain. Ensemble, les sept cantons de Suisse occidentale défendent les intérêts de 40% de la population suisse. Ils représentent une entité bilingue, comptant 40% de germanophones, répartis entre Fribourg, le Valais et Berne.

Dans le litige sur l’apprentissage des langues à l’école, par exemple, Berne joue un rôle capital entre les cantons alémaniques et les francophones. Pour la Suisse romande, il est important qu’un canton de cette taille défende l’apprentissage du français comme première langue étrangère au niveau primaire.

J’ai envie de paraphraser François Mitterrand, dans un discours consacré à la pluralité des cultures

Berne joue régulièrement de son influence pour soutenir les intérêts romands au niveau fédéral. Exercice réussi en 2016, avec l’abandon des coupes dans le secteur de la formation, la recherche et l’innovation. Allié à Vaud, Berne a aussi réussi à éviter l’opération de capitalisation intégrale des caisses de pension publiques préconisée par le Conseil fédéral et qui aurait mis à mal les finances des cantons romands. Trêve d’exemples de la collaboration étroite existant entre les Bernois et les autres Romands…

Le temps de clore un chapitre

Dans l’hypothèse d’un départ de Moutier, l’affaiblissement de la composante francophone du canton de Berne – aujourd’hui quelque 100 000 personnes – pourrait inciter certains alémaniques à remettre en question l’un ou l’autre engagement bernois en Suisse romande. Un retrait qui nuirait au canton de Berne et à ses habitants francophones, mais aussi aux autres cantons de Suisse occidentale. D’exotique, la votation prend un tour plus essentiel.

À la veille de la votation à Moutier, peut-on donc parler en Suisse d’alternative identitaire, de divisions entre ethnies? Devant ce choix de mot funeste, j’ai envie de paraphraser l'ancien président français François Mitterrand, dans un discours consacré à la pluralité des cultures: Nous sommes Jurassiens et Bernois, nos ancêtres les Helvètes, un peu gaulois, «un peu romains, un peu germains, un peu italiens, un petit peu espagnols, de plus en plus portugais, peut-être qui sait polonais, et je me demande si déjà nous ne sommes pas un peu arabes?».

Je suis de Moutier, j’ai vécu les années dures de la Question jurassienne, les tensions familiales, les blocages politiques et je crois fermement que l’heure est venue de clore ce chapitre, de nous consacrer à des combats d’aujourd’hui. Je souhaite que les Prévôtois choisissent la croissance dans leur écrin historique, dans ce Jura bernois qui les a vus naître, ou grandir, tout Jurassiens et tout Bernois ou Portugais ou Italiens qu’ils soient. Pour le bien de Moutier, pour le bien du canton de Berne et dans l’intérêt aussi de la Suisse romande.

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