Editorial

Moutier, la page doit se tourner

Le 18 juin, la population de la ville choisira si elle veut changer ou non de blason. Quel que soit le verdict, il devra être respecté par les deux camps

Que les habitants de Moutier se décident: veulent-ils rester Bernois ou devenir Jurassiens? Le 18 juin, la population de la ville choisira, au nom du sacro-saint droit à l’autodétermination, si elle veut changer ou non de blason. Presque quarante ans après la naissance de la République et canton du Jura, la question de l’appartenance de la cité prévôtoise passionne-t-elle encore les foules?

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Dans la région, clairement. De part et d’autre des gorges qui séparent la ville de la vallée de Delémont, les passions se sont réveillées. Par tradition familiale, par patriotisme, par attachement géographique, on est farouchement pour ou contre le transfert de cette ville de 7700 habitants dans le dernier-né des cantons suisses. Mais ce dossier ne déchaîne guère les passions hors de la région. Pour une raison simple: la Suisse vit une époque davantage marquée par le décloisonnement cantonal et les collaborations que par des transferts de territoires.

Certes, il y a, çà et là, quelques velléités de déménagement. Outre Moutier, l’enclave bernoise de Clavaleyres et le village argovien de Fisibach rêvent de devenir l’une fribourgeoise, l’autre zurichois. Mais la réalité d’aujourd’hui, c’est plutôt ce que vit la Broye, fractionnée entre Vaud et Fribourg depuis le passage des Bernois en 1536. Les deux cantons gèrent désormais ensemble un hôpital et un gymnase et ça fonctionne très bien.

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Il faut prendre acte du fait que l’histoire de Moutier n’est pas celle de la Broye. L’heure de trancher a donc sonné en Prévôté. Mais quel que soit le verdict, il devra être respecté par les deux camps. Tous ont promis que ce scrutin mettrait un point final à ce dossier. Si le oui l’emporte, il y aura cependant une suite: le Jura bernois poursuivra sa route avec 46 000 habitants au lieu de 53 000 et devra se trouver un nouveau rapport avec son canton et l’agglomération biennoise.

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Si Moutier reste bernoise, il faut espérer que certains perdants ne se laissent pas entraîner dans des excès inspirés par une époque révolue. Ces jours, certains médias, dont Mise au point de la RTS, sont allés ressortir de son exil espagnol Marcel Boillat, fondateur du Front de libération jurassien (FLJ), qui, avec deux complices, avait commis des attentats patrimoniaux spectaculaires au début des années 60.

A cause de ses méfaits et de la dureté de certains affrontements, l’on a parfois comparé le combat jurassien au conflit irlandais. Mais ceux qui ont connu l’Irlande du Nord des années de feu et de sang savent bien que Moutier n’a jamais été Belfast. Et que Marcel Boillat n’a jamais été Martin McGuinness. Ce dernier, dirigeant de l’IRA dans les années 70 récemment décédé, a activement contribué à la construction de la paix après avoir déposé les armes. Marcel Boillat, lui, s’est évadé et a fui dans l’Espagne franquiste, qui lui a accordé l’asile politique. Rappeler ses actes ne sert pas la cause de ceux qui rêvent d’un Moutier jurassien.

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