Opinion

Moutier ou le sympathique combat

OPINION. Le combat des autonomistes jurassiens est un formidable gâchis pour Moutier, estime l’élu municipal PLR Steve Léchot

Le combat jurassien suscite souvent une forme de sympathie, ou du moins une indifférence polie en Suisse romande. Alors, sympa, le combat jurassien? La Suisse romande accepterait-elle que l’Assemblée fédérale, sous le diktat d’une majorité alémanique, éjecte un conseiller fédéral latin?

Lors de la récente séance constitutive du Conseil de ville de Moutier, la majorité séparatiste a décidé d’en finir avec la représentation équitable des minorités au sein du Bureau, au mépris du règlement. Exit la répartition équitable des sièges 3 séparatistes-2 Jurassiens bernois qui prévalait depuis des années, vive le règne de la majorité écrasante, malgré la progression des forces pro-bernoises aux élections. Si, comme l’affirmait Albert Camus, «la démocratie, ce n’est pas la loi de la majorité, mais la protection des minorités», les séparatistes sont de fieffés antidémocrates!

Les foules se rassemblant sous un drapeau et scandant des slogans à caractère nationaliste heurtent nos sensibilités. Les Jurassiens, eux, envahissent les rues de Moutier aux cris de «Mort aux Bernois!» et «Liberté!». Les Jurassiens bernois, devenus étrangers dans leur propre ville, sont contraints de se cloîtrer chez eux. N’y a-t-il pas quelque chose de pourri au pays de la damassine pour que la prétendue liberté des uns menace celle des autres? Un président de la Confédération helvétique qualifiant les Romands de macaques aurait-il la cote? C’est de babouins que le maire de Moutier, Marcel Winistoerfer, traite ses concitoyens qui ont l’audace de ne pas penser comme lui. Soutiendrions-nous le Conseil d’Etat vaudois s’il contestait les prérogatives d’un préfet fribourgeois? Le gouvernement jurassien ne cesse de mettre en cause l’ordre juridique du canton voisin tout en faisant de la plainte à la Confédération un sport cantonal.

Formidable jeunesse

Selon une enquête récemment publiée par Le Temps, les Suisses ont une confiance record à l’égard de la politique, de ses institutions et de ses représentants. A Moutier, le vice-maire, président du bureau électoral et garant de l’institution démocratique, a fictivement domicilié son fils le temps de glisser un «oui au Jura» dans l’urne. Les autorités communales séparatistes jurent aujourd’hui encore leurs grands dieux que le scrutin a été exemplaire, alors que son annulation repose justement, entre autres, sur des cas de domiciliation fictives.

Dans ce combat, Moutier y laisse sa peau, doucement mais sûrement

Selon ces mêmes autorités, il y a, à Moutier, une formidable jeunesse séparatiste très politisée, engagée, ivre d’avenir et de liberté. Cette jeunesse, pratiquante inconditionnelle du copier-coller idéologique, colporte la pensée qu’elle s’est laissé inoculer par la génération précédente, faute d’anticorps suffisamment puissants. Il était très politisé, engagé, ivre d’avenir et de liberté, ce jeune séparatiste de 21 ans qui explosa de sa bombe artisanale devant le Rathaus à Berne en 1993, faute d’anticorps suffisamment puissants. Le journal Jura libre, fer de lance du mouvement autonomiste jurassien, n’hésite pas à traiter de nazillon le Bernois qui tombe dans ses colonnes. L’insulté y est toujours nommément cité, l’insultant signe ses écrits d’un pseudonyme, son anonymat protégé par la rédaction. Dans le Jura libre, la liberté se pratique sous le sceau de la lâcheté.

Dérives antidémocratiques

Dans ce combat, Moutier y laisse sa peau, doucement mais sûrement. La ville compte l’un des taux d’appartements vacants les plus élevés de Suisse, elle risque la tutelle financière. On quitte la ville, on n’y revient plus. Ne serait-il pas temps de porter sur ce combat, ses dérapages et ses enjeux un regard dénué de complaisance? Jusqu’à quand peut-on condamner les dérives antidémocratiques à l’étranger et fermer les yeux sur celles qui se pratiquent dans son propre pays? Peut-on accepter que la Question jurassienne en phase terminale piétine les valeurs constitutives de la Suisse, la démocratie, le vivre-ensemble, le respect? Et si les victimes d’autrefois étaient finalement devenues les bourreaux d’aujourd’hui?

Alors, lecteurs genevois, vaudois et valaisans, sympa, le combat jurassien? Vu de loin? Et vous, défenseurs de la cause, apôtres, disciples ou porte-voix d’un Jura libre en mal de conquêtes? Tête baissée en dépit de ce formidable gâchis, le combat continue?

Publicité