Opinion

Moutier, une voix qui compte dans le Jura

L’ancienne ministre jurassienne et membre de l’AIJ Elisabeth Baume-Schneider défend l’idée d’une communauté de destin avec Moutier

La population de Moutier se prononcera sur son appartenance cantonale le 18 juin prochain. Si d’aucuns prédisaient une votation au goût passéiste, l’enjeu du vote montre au contraire à quel point le sentiment d’appartenance et l’exercice de la souveraineté sont d’actualité. Répondre à la Question jurassienne ne se résume pas à énumérer un inventaire d’avantages et d’inconvénients. Aujourd’hui, la population de Moutier vote avec le cœur et la raison pour réaliser ou non son destin jurassien.

En qualité de ministre de la Formation, de la culture et des sports, j’ai eu le privilège de participer à l’élaboration de la déclaration d’intention signée en 2012 avec le canton de Berne sous l’égide de la Confédération. Dick Marty, président de l’Assemblée interjurassienne (AIJ), a insufflé au processus une dynamique de respect. Cela nous a conduits à ciseler une feuille de route fondée sur les vertus démocratiques. La délégation que je présidais aux côtés de Philippe Receveur et Michel Probst s’est voulue à la hauteur de l’élan qui avait mené à la création du canton du Jura. Je concède volontiers que notre fidélité à la patrie jurassienne nous a amenés à douter de la pertinence d’un vote. Nous ressentions un paradoxe entre notre sentiment de loyauté à l’égard des générations précédentes et notre constat d’un certain désintérêt des jeunes à l’égard de la Question jurassienne.

Communauté d’intérêt

Conformément au processus décidé, Moutier a formulé sa demande pour s’exprimer dans le cadre d’un vote communaliste.

La communauté d’intérêts entre la ville située au cœur du Jura historique et le canton du Jura est manifeste. On observe une proximité géographique évidente mais aussi une connivence de pensée politique à travers les résultats des votations fédérales. Du point de vue culturel, les projets communs sont multiples. La liaison autoroutière Delémont-Moutier, qui réunit les deux villes en à peine dix minutes, conforte l’identité économique régionale. Au surplus, les avantages en matière de fiscalité et de pouvoir d’achat sont indéniables. Force est de constater que le Jura s’est affirmé comme un canton ouvert, pragmatique, engagé dans des partenariats prometteurs tant avec la Suisse romande qu’avec le canton de Berne et le pôle bâlois pour développer sa prospérité et sa solidarité.

La liaison autoroutière Delémont-Moutier, qui réunit les deux villes en à peine dix minutes, conforte l’identité économique régionale

Alors que le conseiller d’Etat bernois Pierre Alain Schnegg argumente sur la pertinence de l’appartenance de Moutier au canton de Berne au nom du bilinguisme, je rappelle que le Jura a durant ces dix dernières années mis en œuvre un ambitieux programme visant à promouvoir l’apprentissage de l’allemand (cours de langue et culture, session bilingue pour les élèves bilingues et germanophones, ateliers bilingues) et les élèves de la commune germanophone d’Ederswiler bénéficient de mesures particulières. Le temps de la méfiance à l’égard de l’allemand et du dialecte est révolu. Le parlement jurassien vient de pérenniser une maturité bilingue en immersion organisée par les lycées de Porrentruy et de Laufon destinée aux jeunes du Laufonnais et du canton du Jura. Au même moment, le Grand Conseil bernois inflige un camouflet à la députation du Jura bernois en refusant d’entrer en matière sur sa demande visant à donner aux patients francophones l’assurance de bénéficier d’un suivi médical en français à l’Hôpital de l’Ile et à Bienne.

Choix affectif et pragmatique

Au sujet de l’hôpital de Moutier, contrairement aux arguties pro-bernoises, il est admis que les politiques de planification hospitalière dépassent les réalités régionales. A l’instar des propos du professeur René Prêtre, j’invite la population à faire confiance aux autorités jurassiennes. Elles sauront assurer à cet établissement de qualité sa place dans l’Arc jurassien.

Comme je l’ai dit plus haut, je suis convaincue du fait que voter à Moutier c’est affirmer un choix affectif et pragmatique. Avec un oui on choisit d’incarner une voix qui compte au sein du Jura; avec un non on reste adossé à un grand canton dont les autorités nous manifestent un intérêt de circonstance.

Alors que le camp pro-bernois continue de discréditer les autorités jurassiennes qui seraient encore et toujours obsédées par des velléités annexionnistes, je sais à quel point il tient à cœur de la République et canton du Jura d’accueillir chaque Prévôtoise et chaque Prévôtois, indépendamment de son vote, avec l’amitié et le respect qui lui sont dus.

L’engagement citoyen de proximité est une chance et une responsabilité auxquelles j’invite la population de Moutier à dire oui.

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