Les rumeurs d'un rachat de Swiss par Lufthansa se multiplient. Et, en Bourse, la spéculation va bon train. Le scénario de l'exode de la compagnie nationale s'impose chaque jour davantage. Face aux compagnies à bas coût, une alliance avec un grand groupe paraît tout à fait raisonnable. La piste rhénane avait déjà été explorée en 2003, mais les exigences allemandes étaient excessives. Le groupe suisse se jeta alors dans les bras de British Airways, mais l'alliance commerciale échoua très rapidement.

Entre-temps, l'assainissement est bien avancé. Depuis 2002, Swiss a supprimé 4000 emplois, l'année passée uniquement 1447 postes. Les progrès financiers sont bien réels. Le cash-flow est positif pour la première fois. Swiss peut même se couvrir contre une hausse du prix du kérosène. Une pratique qu'elle avait abandonnée parce qu'elle n'en avait pas les moyens. Elle n'était pas la seule. La plupart des compagnies aériennes se protègent insuffisamment, faute d'une trésorerie bien garnie.

Swiss va mieux, mais il lui sera très difficile de présenter un bénéfice en 2005. Même si elle diminue encore l'effectif de 800 à 1000 emplois et vend les 13 avions excessifs à de bonnes conditions. La compagnie restera dans les chiffres rouges ces prochains mois, et les fonds propres continueront de fondre. Certains experts craignent une nouvelle augmentation de capital cette année. Swiss reste donc très vulnérable. La carrosserie n'est plus très reluisante. La mélancolie se lit sur le visage de ses passagers. Mais, dans la soute à bagages de son vol pour Francfort, Christoph Franz dispose de quelques atouts: un cash-flow solide et durable, une marque reconnue et une solide part de marché à l'aéroport de Zurich. Le groupe sera bientôt prêt pour négocier un accord dans de bonnes conditions. Les pièces du puzzle Lufthansa se mettent gentiment en place.

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