Revue de presse

Muscles et culottes indestructibles: la fête des lutteurs suisses débute!

A Estavayer-le-Lac et à Payerne, tout le monde s’accorde à dire que la Fête fédérale de lutte et des jeux alpestres sera belle ce week-end. A l’aube de l’événement, les médias romands opèrent une plongée dans l’ADN alémanique

Dès ce vendredi, les amateurs convergent vers la Suisse romande, «par centaines de milliers». Vers la célébration trisannuelle du traditionalisme helvétique que constitue la 44e Fête fédérale de lutte et des jeux alpestres à Estavayer-le-Lac-Payerne. Le Matin ne consacre pas moins de 10 pages et son éditorial du jour à ces «passes viriles entre solides gaillards». Une «redécouverte de nos racines»? Un «attachement à l’image rassurante d’une Suisse immuable»? Du «nationalisme» pur et dur ou du «repli identitaire»? «Stop», écrit le quotidien orange: «La lutte n’est pas là pour être prise en otage par la politique.»

Alors, «entre des Alémaniques qui viennent en repérage par bus entiers et des Romands «babas» devant les infrastructures», le président d’@estavayer2016, Albert Bachmann, se rassure dans La Gruyère: «Il y aura bien 250 000 spectateurs ce week-end» et en attendant, «les Romands sont ébahis par le gigantisme de cette fête. Ils parlent de folie […], dit-il. Pour les Alémaniques, en revanche, c’est quelque chose de normal. Ils sont surtout heureux de constater qu’il y a assez d’espace.»

Et à la question impertinente du rédacteur en chef du quotidien de Bulle, «Des bars qui ferment à 3h et qui ouvrent à 5h déjà, 200 000 litres de bières prévus… Cet événement a aussi un côté beuverie…» le patron de la sciure répond: «Il est inévitable que des gens boivent trop, mais cet aspect a toujours été maîtrisé lors des Fêtes fédérales précédentes. Chaque cantine bénéficiera de sa propre sécurité.» A propos de ces préparatifs logistiques des événements, le reportage de L’Illustré vaut largement le détour.

Après tout, les nouvelles du monde «nous mènent à en savoir presque plus sur la vie des habitants du sud-ouest de l’Amazonie que sur l’amour de nos frères suisses allemands pour la lutte suisse», écrit 24 heures. Pour eux, il s’agit d'«un événement aussi important que les Jeux olympiques». Ils vont «savourer, étudier, analyser en experts et saluer les duels dans la sciure. La lutte est en eux, et avec la lutte c’est la tradition, l’esprit et l’âme d’un pays tel qu’ils le conçoivent et le vivent, l’histoire de leurs familles et de leurs métiers qu’ils respectent et portent à travers le temps en demeurant fidèles à ce sport.»

Il ne faut donc pas «rester à distance» ou «les regarder de loin en ricanant». Ricaner «en se disant que ces sacrés Suisses allemands ont des goûts bizarres, que ces trucs de muscles et de culottes indestructibles, ça leur va bien. Non, non, il faut aller à Estavayer et à Payerne […] et voir avec eux, derrière les muscles, cette douce fragilité des équilibres, cette finesse des gestes, du savoir-faire. Et partager la fraîcheur sans âge d’une partie de notre grande famille suisse pour un jeu d’enfants heureux déguisés en adultes invulnérables.»

Même Femina y croit, à cette «Fédérale» qui «prend ses quartiers dans le canton de Fribourg, pour la première fois depuis 58 ans. Le comité du projet Estavayer2016 a prévu d’organiser la fête à l’aérodrome de Payerne, la région de la Broye étant intercantonale, symbolisant la réunion des territoires. Un événement de cohésion nationale encore renforcé par l’idée de «lien» que représente Fribourg, notamment avec le pont de la Poya ralliant Suisse allemande et Suisse romande.» Et si l’on n’en est encore pas convaincu: on peut toujours découvrir la chose en romanche:

Du point de vue historique, la RTS a fait un joli travail sur le Net, à propos de ce «sport national» dont «il est difficile de déterminer une date précise» quant à ses origines. Mais «une fresque de la cathédrale de Lausanne du XIIIe siècle montre deux lutteurs effectuant une prise typique de la lutte à la culotte». Et dès le XVIIIe, «de nombreux récits font état de la lutte suisse comme un exemple de coutume alpestre ancestrale». Ce qui ne l’empêche pas d’être très présente aujourd’hui sur les réseaux sociaux, auxquels s’est intéressée La Liberté.

Enfin, cerise sur le hornuss et la pierre d’Unspunnen, «il n’y aura pas que de la lutte ce week-end à Estavayer-le-Lac», fait encore remarquer le quotidien fribourgeois: «Samedi a en effet lieu dans la Cité à la Rose la traditionnelle bénichon. Pour la quinzième année, la Confrérie des Maîtres moustardiers se réunira sur la place de l’Eglise pour le fameux concours de la meilleure moutarde de bénichon.» En attendant, la bière est bien arrivée…

… et l’on peut commencer à chanter l’hymne officiel de la manifestation: «Im Kampf ume Thron bisch uf di alleini gsteut, Fähler si verbotte, nume gwinne zeut» Merci encore au «Matin» de nous en donner quelques bouts de traduction: «Je savais que le chemin serait raide et dur, je me suis torturé à fond, j’ai mordu dans la sciure, chaque coup que j’ai reçu m’a appris qui je suis, ce qui ne me tue pas me rend plus fort, c’est la vie.»

C’est pas beau, ça?


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