Le Temps publiait il y a quelques semaines une statistique des lieux les plus touristiques du pays: à côté des villes, curiosités naturelles et stations de montagne, on y trouvait la liste des dix musées les plus visités de Suisse. Parmi ceux-ci, pas moins de cinq musées des beaux-arts, totalisant à eux seuls plus d'un million et demi d'entrées en une année!

Un succès touristique bien sûr. Mais pas seulement. A Genève par exemple, le Musée d'art et d'histoire, qui a accueilli en 2007 plus de visiteurs que le Château de Chillon, a d'abord un public local, constitué pour un tiers de classes d'école du canton et de France voisine.

Ces chiffres sont un formidable argument en faveur de la construction d'un nouveau Musée des beaux-arts sur laquelle les Vaudois se prononceront en votation populaire le 30 novembre prochain. Ils confirment ce que d'autres études ont montré: les musées, en particulier les grands musées d'art, font partie des institutions culturelles les plus populaires et les plus visitées. On est donc aux antipodes de la démarche élitiste dans laquelle certains voudraient enfermer le débat sur le nouveau Musée des beaux-arts.

C'est tout le contraire: construire un musée, c'est rendre publiques des œuvres qui font partie de notre histoire, de notre culture, de notre patrimoine. L'expression artistique, la création, la culture ne sont pas une affaire de riches. Au cours de son histoire, la gauche n'a eu cesse de le faire admettre: maisons de la culture, bibliothèques, musées, écoles de musique, théâtres; autant de réalisations importantes, facteurs d'échanges, d'intégration et d'ouverture au plus grand nombre. Le nouveau Musée des beaux-arts n'échappe pas à la règle.

Ce projet offre aussi une merveilleuse occasion de valoriser et d'enrichir notre patrimoine collectif. Aujourd'hui, ce sont près de 8000 toiles - parmi lesquelles des Bocion, Vallotton, Borgeaud, Auberjonois, Steinlen, Corot, Hodler ou encore Soutter - qui dorment dans les dépôts du Palais de Rumine faute de place pour les exposer.

Avec le futur musée, le canton pourra enfin rendre public son patrimoine. Et l'enrichir, grâce aux promesses de dons ou de dépôts de collectionneurs privés qui attendent la construction d'un nouveau musée pour y déposer leurs œuvres. Parmi celles-ci, une douzaine de Picasso, des toiles de Braque, Monet, Gauguin, Van Gogh, Klee ou Dubuffet! Une formidable opportunité, sans doute unique.

Voilà pour les enjeux culturels. Pour le surplus, ce sont l'architecture et la localisation du nouveau musée qui occupent l'essentiel des débats. Une polémique sans doute inévitable s'agissant d'un projet de construction mais qui se fonde sur des arguments discutables. Pour une part - l'architecture - elle semble surtout découler d'un malentendu: les nouvelles esquisses du bâtiment présentées au mois de septembre vont sans doute contribuer à les dissiper.

On y découvre en effet un bâtiment largement ouvert sur le lac, avec de larges baies vitrées et une terrasse panoramique. Rien à voir avec le cube de béton décrié par les opposants. Quant à la localisation, le choix de Bellerive offre en réalité de nombreux avantages. La construction du nouveau musée permettra d'abord de requalifier une zone qui s'apparente aujourd'hui à un terrain vague et apportera une plus-value considérable aux rives entre Ouchy et Vidy. Ensuite, le musée se situera au cœur d'une zone de loisirs et d'activités culturelles très prisés des Lausannois et des Vaudois (Théâtre de Vidy, Musée olympique, Elysée, piscine, Cirque Knie, Luna Park).

Enfin, la construction du nouveau musée augmentera l'attrait culturel de Lausanne et de sa région. Or, on le sait, la diversité et la richesse de l'offre culturelle sont des facteurs importants pour l'activité touristique. Au-delà de ses bénéfices culturels, le nouveau musée aura donc des retombées économiques et touristiques positives.

Reste une dernière question, importante pour l'ensemble du canton. Ce projet doit absolument s'inscrire dans une politique plus large visant à mieux valoriser le patrimoine culturel et pictural du canton de Vaud. De nombreux sites culturels mériteraient un engagement fort du canton.

Au Musée des beaux-arts devront donc succéder d'autres projets. Une planification qui devra notamment intégrer les sites romains d'Avenches et d'Orbe, tous deux d'une très grande richesse archéologique, et qui mériteraient d'être mieux mis en valeur.

On dit généralement que la culture est un facteur d'identité et d'appartenance à une communauté. Dans le canton de Vaud, c'est surtout vrai à l'échelle des villes ou des régions. Moins du canton. Le 30 novembre, les Vaudois auront une bonne occasion de démontrer le contraire. En affirmant haut et fort qu'ils sont fiers de leur patrimoine et qu'ils entendent le faire connaître, le valoriser et l'enrichir.

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