La culture est un écosystème aussi fragile qu’économiquement important. C’est ce que nous écrivions en mars dernier, au moment où le Cully Jazz Festival décidait, avant même d’attendre une interdiction cantonale qui tardait à venir, de renoncer à sa 37e édition. Sept mois plus tard, plus personne n’oserait mettre en doute cette affirmation. L’annulation en cascade des grandes manifestations estivales a par exemple montré que la musique live, bien plus qu’un divertissement, était une industrie. De la sonorisation aux installations techniques, des graphistes aux petits artisans, de la restauration aux transports, nombreux sont les secteurs qui d’une manière ou d’une autre dépendent de la culture.

Or voici qu’après une année blanche, les perspectives d’un retour à la normale pour 2021 s’amenuisent. Il y a d’abord tous ces artistes internationaux qui, face à l’impossibilité de savoir s’ils pourront voyager, repoussent leurs tournées. Et il y a le manque de visibilité qu’ont les promoteurs face aux aides qui leur seront octroyées. Depuis le 1er octobre, il n’existe officiellement plus de limite du nombre de spectateurs. Pour recevoir une autorisation, il «suffit» de présenter un plan de protection. Si ce n’est que ladite autorisation n’est pas gravée dans le marbre. Un concert ou un festival peut être annulé quelques jours avant sa tenue, sans qu’un dédommagement soit prévu pour les frais déjà engagés. Personne, dès lors, n’a envie de prendre de risque.

Lire également l'article lié: Festivals et concerts: la traversée du désert

Les manifestations fonctionnent sur une base de contrats à durée déterminée. Mais quel festival peut-il engager des collaborateurs cet automne en sachant qu’au printemps l’argent investi pourrait l’être à perte? Afin de ne pas fragiliser plus encore un écosystème au bord de l’effondrement, et de ne pas provoquer un désastreux effet domino, il est nécessaire que des solutions soient proposées, à l’image des garanties de déficit, souvent mises en place par des communes, afin d’assurer aux acteurs culturels régionaux qu’ils ne perdront pas d’argent.

Est-ce impensable de promettre aux organisateurs que, une fois un projet validé, ils se verront rembourser les frais engagés? Cette décision logique leur permettrait de donner du travail à de nombreux professionnels et indépendants, et ainsi de participer à la relance économique. Faut-il attendre d’assister à des faillites, de voir des manifestations jeter l’éponge et des entreprises connexes cesser leurs activités pour agir? Aux collectivités de prendre leurs responsabilités.

Lire enfin l'article lié: Festivals et concerts: la traversée du désert