Le rejet de la Cité de la musique à Genève est consternant à plus d’un titre. La ville de Genève, si prompte à se voir comme le nombril en même temps que la conscience du monde, refuse une nouvelle place à l’orchestre d’Ansermet dont elle profite de la réputation. La ville de Genève, si prompte à voter des motions internationales par souci du bien-être du monde, ne se soucie aucunement des besoins culturels de son canton. La ville de Genève, si fière d’abriter les organisations internationales et leur palais, continue à considérer la place des Nations comme une propriété municipale méritant tout juste une chaise cassée et quelques jets d’eau pour faire joli. Bâtiments d’envergure et projets ambitieux d’aménagement essuient son refus depuis les années 1930. La Cité de la musique eût élevé l’endroit architecturalement en plus de l’intégrer dans la communauté urbaine genevoise en lui amenant des artistes et leur clientèle d’amateurs. C’est raté.

Méli-mélo de goûts et d’intérêts

L’affrontement entre musique de rue et musique de chambre; architecture bourgeoise du XIXe (Villa Les Feuillantines) et architecture technique du XXIe (Cité de la musique); arbres anciens et jardins modernes a produit ces 800 voix qui ont détruit le projet. Où sont la gauche et la droite dans ce méli-mélo de goûts et d’intérêts? Comme pour le vote contre la rénovation du Musée d’art et d’histoire, et comme, au niveau national, celui de l’interdiction du voile islamique, l’une et l’autre se sont gaillardement mélangées, sans tabou. Elles qui auraient eu honte de se trouver d’accord sur quelque objet politique il y a vingt ans encore, en appellent maintenant à des préférences individuelles pour faire sauter des frontières idéologiques séculaires.