la chronique

La musique, tradition vivante

La liste de l’Unesco, ce n’est pas que des monuments et des paysages classés, c’est aussi le patrimoine immatériel, autrement dit les traditions vivantes. Qu’en est-il en Suisse? L’Office fédéral de la culture les a recensées, elles sont bien vives, et nombreuses. Par Marie-Hélène Miauton

L’Unesco (Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture) est bien connue pour ses sites, monuments ou ensembles construits classés au Patrimoine de l’humanité. Elle a élargi son champ d’action au patrimoine immatériel: traditions orales, arts du spectacle, pratiques sociales, rituels et événements festifs, connaissances, pratiques et savoir-faire traditionnels. Son importance, nous dit l’Unesco, ne réside pas tant «dans la manifestation culturelle à proprement parler que dans sa transmission d’une génération à l’autre».

En Suisse, une liste de ces traditions vivantes a été établie par l’Office fédéral de la culture après consultation des cantons et sélection défi­nitive par un comité d’experts. Certaines transcendent les cantons car elles appartiennent à la Suisse tout entière. A côté du Jass, de la démocratie directe ou de l’art typographique, on y trouve les musiques de cuivres réunies en plus de 2000 associations et le cor des Alpes. D’autres en revanche sont cantonales: les fifres et tambours du Valais, ou le chant choral des Fribourgeois (7200 chanteurs actifs dans un canton qui compte moins de 300 000 habitants!) et leur chant du « Ranz-des-vaches», devenu un second hymne national, à moins que ce ne soit en réalité le premier! Dans la liste du canton de Vaud, sans avoir été reconnu pour l’instant, figure aussi le chant choral, qui regroupe 140 formations au moins.

Voilà pour nous rappeler à quel point la musique est enracinée dans nos communautés et combien il est important que sa transmission reste vivante! Pourquoi sinon parce que, contrairement aux beaux-arts (architecture, sculpture, peinture ou dessin) ou à la littérature, c’est le seul des grands arts qui nécessite des interprètes sans lesquels il reste inaccessible. Ses amateurs, innombrables voire uni­versels, sont dans leur immense majorité de véritables analphabètes musicaux, en cela qu’ils sont incapables, devant une partition, d’entendre les sons ni de percevoir le sens et la beauté d’une œuvre. Pour le commun des mortels, aucune émotion ne peut naître de la lecture des notes car la musique est un langage qui, quoiqu’audible par tous, est porté par un alphabet et une grammaire qui sont inintelligibles au plus grand nombre.

Il en va évidemment tout autrement pour l’écrit. Pour être appréciée, une poésie n’a pas besoin d’être récitée, ni un roman, ni même, quoique ce soit dommage, une pièce de théâtre. Quant aux beaux-arts, les commentaires explicatifs peuvent être bienvenus et enrichissants mais ils ne sont pas indispensables à leur accès. La musique, en revanche, est seule à être évanescente, ce qui empêche l’auditeur d’en parler comme le ferait l’exégète d’une œuvre picturale ou d’un roman.

C’est ainsi que les interprètes de la musique sont indispensables à son existence. Rendons-leur l’hommage qu’ils méritent tous, les choristes, les solistes, les instrumentistes et les chefs qui les motivent et les dirigent. Certains sont bénévoles, les autres ne s’y enrichissent pas, mais tous nous rendent possible une émotion artistique pure et puissante, parfois même transcendante.

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