#BruissementsDigitaux

Trop de musulmans? Tous en Valais!

Notre chroniqueur fouille les circonvolutions du Net politique et des politiques sur le Net

Si vous êtes en train de lire ces présentes lignes, mon pari est réussi. Celui de vous voler une poignée de secondes sur les 35 minutes que vous, lecteur romand – selon l’Office fédéral de la statistique – vous apprêtez à consacrer aujourd’hui à la lecture des journaux. Autant que ce soit les quelques mots qui suivent.

En réalité, ce seraient plutôt ceux de cette candidate aux dernières élections municipales genevoises qui méritent toute notre attention, elle qui s’amourache de la frontière comme on hume son doudou à la tombée de la nuit, le crucifix à portée de main sous son scapulaire. Ambitionnant un poste – dans un délibératif d’une commune jouxtant la France – sous la bannière du Mouvement citoyens genevois (MCG), l’intéressée a dû déchanter à l’annonce des résultats: seuls douze voix et autant de pas l’ont empêchée d’atteindre l’autel municipal.

«Arrivée des musulmans dans le CM de Meyrin juste envie de fiche [sic] le camp de Genève… pour le valais…», publie sur son profil celle dont le rêve vient de se fracasser contre l’urne forcément funéraire. La déchue n’en est pas à son premier coup d’essai. Le 13 janvier à 00h55, ce sont les clients du géant suédois et des centres commerciaux qui perfusaient sa plume à la véhémence: «Etait à Ikea: Resto du cœur de Genève. Affligeant sans parler de Balexert samedi où j’ai l’impression de retourner en Arabie Saoudite. Sauve qui peut!» D’autres publications du même acabit laissent apparaître tout l’amour que porte la non-élue pour l’étranger.

Ces propos, qui auraient été hier perdus quelque part, ne le sont plus aujourd’hui, pour le plus grand désarroi de son émetteur. Précieusement sauvegardés par la communauté, ils ont été évidemment relayés sur un groupe Facebook: «Recueil des propos politiques haineux». Jetés en pâture, les mots de la candidate ont généré l’habituel défilé des consternations et des désapprobations. Difficile de leur donner tort, me direz-vous. Certes, mais j’aurais souhaité qu’on lui donne la parole, à cette candidate. Surtout que, depuis, une pétition a été lancée sur le Net pour exiger sa démission des Hôpitaux universitaires genevois, lieu de travail que la désormais damnée affiche sur son profil.

J’ai pourtant réussi à la joindre, hier, lors d’une courte conversation. «Sortie d’école oblige, la casquette de maman est prioritaire», me dit-elle, avant de fixer un autre rendez-vous, un café pour être précis.

Je pensais conclure cette chronique par une pirouette, par exemple: «Savez-vous qu’il y a aussi des musulmans en Valais?».

J’irai boire un café.

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