Le Myanmar n'a jamais reçu autant d'attention médiatique que depuis ces deux dernières semaines. Mais maintenant que les manifestations semblent cesser, la chape de plomb du silence radio va-t-elle retomber pour des années?

Ces derniers jours, nos équipes médicales ont essayé, mais en vain, d'atteindre les lieux de manifestation pour secourir les blessés éventuels. Elles sont restées bloquées par l'un ou l'autre des trois cordons de soldats empêchant toute personne non autorisée d'aller vers les lieux de contestation pacifique.

Ce n'était finalement qu'une répétition des difficultés rencontrées au quotidien par nos équipes qui, en province, cherchent à répondre aux besoins médicaux de populations coupées de tout service public de santé digne de ce nom.

Car le Myanmar est l'un des contextes actuels où l'intervention humanitaire est des plus difficiles qu'il soit. L'accès aux personnes dans le besoin ne peut se faire qu'au prix d'un exercice de contorsion permanente entre le respect de nos principes d'acteurs humanitaires (indépendance d'action, accès aux plus vulnérables...) et la volonté de mettre en œuvre de manière effective notre solidarité.

Ainsi, dans les Etats frontaliers de la Thaïlande, où subsistent des rébellions armées de minorités ethniques contre la junte au pouvoir, les déplacements sont obligatoirement subordonnés à des autorisations octroyées au compte-gouttes, à des contrôles incessants des services secrets et à d'autres tracasseries.

Toutefois, ces difficultés ne représentent finalement que peu de chose en comparaison de celles que subissent les Birmans pour pouvoir accéder à des services de santé dignes de ce nom.

Une visite dans des hôpitaux de district ou centres de santé, comme j'ai pu le faire tout dernièrement dans l'Etat du Kayah (centre-est), en donne tout de suite la mesure: il n'y a pas de patients... Les difficultés administratives et logistiques (déplacements là aussi soumis à autorisation et éloignement géographique), la discrimination (personnel soignant ne parlant pas les langues locales) et les barrières financières (consultations payantes, médicaments payants quand il y en a) rendent l'accès aux soins quasi virtuel.

Le Myanmar est un pays riche en gaz, en bois, en pierres précieuses et en bien d'autres ressources naturelles, mais il n'investit quasiment rien en matière de santé (2,2% du PIB en 2004 selon l'OMS, soit dans les trois derniers pays du classement mondial).

La prise en charge des patients tuberculeux dans ce pays qui connaît, selon les statistiques (OMS 2004), l'un des plus hauts taux d'infection du monde (97000 nouveaux cas détectés par an), est globalement inefficace. D'où une augmentation particulièrement inquiétante du nombre de patients pour lesquels le traitement de première intention n'est plus efficace (4% des nouveaux cas et jusqu'à 16% pour les gens réinfectés).

En ce qui concerne le VIH/sida, la situation est non moins tragique avec, selon l'Unicef (2005), plus de 360000 personnes infectées, dont 46000 ayant un besoin urgent d'antirétroviraux (ARV). Seuls 5% de ces derniers recevraient actuellement des traitements, délivrés en quasi-totalité par des organisations internationales comme MSF.

La connaissance des problèmes de santé publique par les autorités n'est suivie d'aucune réelle tentative de réponse adaptée.

MSF continuera à répondre, au maximum de ses capacités, aux besoins médicaux des populations parmi les plus vulnérables au Myanmar, tant qu'il sera possible de faire respecter les grands principes humanitaires que sont l'indépendance et l'impartialité.

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