L'Alliance atlantique va s'élargir à sept nouveaux membres, dont trois baltes et deux balkaniques. Avant 1989, ils étaient chacun à leur façon «de l'autre côté du Rideau de fer». Tous maintenant se cherchent un horizon, un ancrage et un projet qui confortent leur besoin de sécurité et d'identité. Leur demande d'adhésion à l'OTAN est libre, enthousiaste et pressée. Le tropisme d'association est trop rare ces temps-ci pour que ne soit pas saluée cette capacité de l'OTAN d'attirer à elle de nouveaux participants.

Si une organisation attire du monde, c'est qu'elle offre quelque chose de désirable, un lien, du prestige, un supplément de sens. Les sept candidats veulent être reconnus comme «occidentaux» par rapport à l'ancienne géopolitique qui les faisait soviétiques, extra-européens. Ils tiennent par-dessus tout à l'alliance américaine, qui les grandit à leurs yeux. Et leur candidature ayant été acceptée, contrairement à d'autres, ils sont baptisés démocrates, jugés aptes à servir dans la troupe bariolée mais sûre d'elle des démocraties. Vus de Riga, de Vilnius ou de Ljubljana, ces avantages sont sans prix.

L'alliance militaire a une signification que l'alliance économique et politique n'a pas forcément: c'est un groupe qui se promet de se défendre ensemble, qui va jusqu'à envisager des sacrifices en vies humaines pour accomplir cette promesse. Il y a donc dans cette alliance un sentiment vital d'appartenance, d'autant plus fort en l'occurrence qu'il est exprimé librement.

Appartenance par rapport à quoi? Défense contre qui, comment? Ces questions sont posées. Elles sont d'un autre ordre: politique, ou d'intendance. Politiquement, l'OTAN est en panne. Stratégiquement, elle est confuse. Mais elle existe encore. Personne ne l'a trahie, ni quittée. Peut-être, comme l'a dit un haut fonctionnaire du Pentagone aussitôt réprimandé, n'est-elle qu'un «mythe utile à préserver». Mais toutes les appartenances ne sont-elles pas fondées sur de tels mythes?

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