Nous sommes un peuple en mouvement. Intellectuellement bien sûr – la compétition internationale l'exige, les tentations du monde moderne l'imposent. Mais nous sommes surtout en mouvement physiquement, jusque dans un domaine où cela est moins souhaitable, ni économiquement ni écologiquement: le mouvement pendulaire. Nous sommes une nation de pendulaires.

Une étude récente fondée sur l'exemple du canton de Zurich le dit nettement: de moins en moins de gens travaillent là où ils habitent. Et les distances que parcourent les pendulaires deviennent de plus en plus grandes. En 1970, la distance moyenne entre lieu de travail et lieu de résidence était de 4,1 kilomètres, tout juste une petite promenade. Trente ans plus tard, on parcourt déjà 10,8 kilomètres (en ligne droite) et la tendance est à la hausse.

Les gens sont de moins en moins nombreux à penser que l'éloignement entre le bureau ou l'atelier et le lit est un inconvénient majeur, un problème à éviter ou au moins à diminuer. Il ressort de l'enquête que parmi les nouveaux venus dans une commune, peu s'y sont installés parce qu'ils y ont trouvé un emploi. Presque partout, et surtout dans les agglomérations, la proportion de ceux qui quittent l'endroit chaque matin du lundi au vendredi dépasse les quatre-vingts pour cent.

Personne ne dirait que ces déplacements quotidiens sont particulièrement utiles pour la société ou l'économie, ni agréables pour les personnes concernées. Cette remarque s'impose au moment où vous et moi terminons notre déclaration d'impôts: vous et moi faisons presque automatiquement la déduction autorisée pour les frais des déplacements entre domicile et lieu de travail. Nous le faisons avec mauvaise conscience, bien sûr, car nous nous sommes évidemment posé la question de savoir, pourquoi, diable, l'Etat nous permet-il de réduire nos impôts de la somme que nous dépensons inutilement pour le choix erroné de notre domicile ou de notre travail. Faut-il croire que l'Etat encourage le phénomène du transport pendulaire?

Nous gaspillons des sommes gigantesques pour l'extension des transports publics, des rues, autoroutes, voies de contournement et parcs de stationnement – tout cela pour les simples pendulaires. En ne nous inquiétant même pas de la perte d'heures de travail et de loisirs, des coûts pour l'environnement et la santé mentale. Si l'Etat voulait apporter une utile contribution à la solution de tous ces problèmes, il devrait punir fiscalement les citoyens pendulaires et non pas les encourager à continuer leurs navettes. Travaillez où vous habitez – ou habitez où vous travaillez, telle devrait être la devise!

P.-S.: Pour être tout à fait transparent: ce texte est écrit par quelqu'un qui fait la bêtise de voyager plusieurs fois par semaine de Zurich à Berne et retour pour des raisons professionnelles.

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