Quel est le grand sujet de l'été? La campagne anti-PDC des socialistes? Trop plate. La canicule? Eventée, car depuis début juin déjà dans les médias. Berlusconi? SVP non! Mais depuis qu'une étude le prouve de manière irréfutable, les Suisses discutent sur les prix trop élevés dans ce pays par rapport à ce que nos voisins paient.

Le fait est indéniable. Mais les conclusions le sont-elles aussi? Je me souviens de mes «années allemandes». En plus de toutes les discussions fort intéressantes que j'ai eues, un sujet m'a agacé: les échanges continuels sur les prix à payer pour tel ou tel produit, telles ou telles vacances ou tel ou tel service. Chaque Allemand sait exactement combien lui coûte le mètre carré de son appartement et par quel contact il achèterait sa voiture ou son ordinateur avec un rabais. Un peu comme aux Etats-Unis, où le mot «dollar» est un des plus utilisés dans n'importe quelle conversation.

Un autre souvenir date du temps que j'ai passé en France. Je vois encore devant moi les affiches géantes des magasins Tati avec leur seul et unique argument: «Les plus bas prix!» Et je me souviens des quelques visites chez Tati – ethnologiquement fascinantes – où je n'ai jamais senti le moindre besoin d'y acheter quoi que ce soit. La façon dont les produits sont présentés, l'atmosphère vieillotte et vétuste ne titillent tout simplement pas les réflexes qui me feraient sortir le porte-monnaie.

Pour beaucoup de monde, il faut l'admettre, faire ses achats là où ils coûtent le moins cher n'est pas une question de préférence, mais de manque de moyens. Mais pour la majorité des clients, ce n'est pas vrai. Impressionnant, le nombre de dames du XVe arrondissement en manteau de fourrure et chaussures de luxe, de gens visiblement aisés qui fréquentent Tati. J'ai parfois senti, oui, un mélange de pitié et de mépris. Pourquoi économiser le moindre sou possible sans nécessité?

Non, je n'ai pas hâte de voir arriver chez nous des magasins très bon marché comme les Français Tati ou Ed l'épicier, ou bien l'allemand Aldi. Trop moches – et trop bon marché dans tous les sens du terme, avec des employés ni motivés ni qualifiés. L'entreposage y est réduit au simple besoin, à une obligation, sans aucune expérience sensuelle. En comparaison la moindre Migros, la moindre Coop ressemble à un petit paradis marchand.

Je souhaite – sans trop d'espoir – que les discussions interminables sur les possibilités d'économiser quelques centimes ne se développent pas chez nous. Je crains le pire, si la devise à la mode en Allemagne «Geiz ist geil» («l'avarice est sexy») se répand ici.

Si nous voulons râler (coûte que coûte!), exigeons une amélioration des produits et des services offerts. Cela vaudrait mieux pour la qualité de la vie. Ne demandons pas une baisse des prix à tout prix.

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