Novembre, les feuilles tombent, la température aussi et l'humeur pareillement. Le mois de la morosité, sinon de la dépression. C'est encore plus vrai cette année avec les perspectives économiques. J'étais curieux de connaître les résultats d'une enquête qu'un confrère a conduite pour un journal zurichois: il est allé sur les marchés et dans les boutiques de la ville – des bijouteries jusqu'aux supermarchés – pour essayer d'y négocier les prix.

Vous vous doutez de la réponse? Eh oui, c'était non, non et non. Parfois de façon polie, plus souvent avec ce rien d'arrogance qui caractérise des vendeurs – toujours trop nombreux – à qui l'on ne devrait jamais confier un travail qui les met en relation avec un client. «Chez nous, on ne marchande pas!» Point. Ici on préfère ne pas vendre du tout que vendre à un prix marchandé individuellement, même dans les commerces qui marchent mal cet automne. Réponse fréquente: «En Suisse les prix sont transparents.»

Le sont-ils? Loin de là. Toutes les cartes «Cumulus» et autres… rien qu'un exercice de brouillage des prix. Quand j'achète des meubles, on me demande une avance – je fais donc un crédit à mon fournisseur. Le prix d'un billet de train? Net, en principe. Mais pour trouver la bonne offre, il faut affronter la jungle des réductions, suppléments, forfaits, abonnements et billets spéciaux. Et les garagistes: si avec le prix indiqué vous avez au moins une bagnole qui roule, soyez contents. D'habitude il faut payer un surplus pour le moindre accessoire, même de base. D'accord pour le minibar de bord. Mais pour la radio? (Et je ne comprendrai jamais pourquoi certaines couleurs sont plus chères que d'autres.) C'est encore pire dans l'informatique. L'ordinateur qu'on vous offre dans la publicité est encore très loin de l'état de marche. Ainsi de suite: êtes-vous jamais sorti d'une agence de voyage en ayant payé exactement les 699 francs pour une semaine, tout compris, en Tunisie? Non, il a fallu y ajouter les frais du dossier, l'assurance annulation, les taxes de sécurité, la taxe d'aéroport, le supplément pour départ le samedi, le supplément pour le retour un jeudi, le surcoût parce qu'il n'y avait plus de place au prix affiché et celui pour la réservation de dernière minute… Même les frais pour les parties de la marchandise qui ne sont pas optionnelles ne sont pas inclus. (Pourquoi n'exige-t-on toujours pas des voyagistes et surtout du transport aérien des prix TTC?)

Les résultats de l'enquête de mon confrère ne surprennent pas. La Suisse est toujours la Suisse. Et il faut dire que par rapport à de nombreux commerces de chez nous, les bazars de Marrakech ou Damas sont relativement transparents.

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