On a du mal à s´imaginer «The Terminator» à la tête des Etats-Unis mais il n'y a pas à s'inquiéter: le «terminateur» Arnold Schwarzenegger n´entrera pas à la Maison-Blanche. Son défaut? Non pas ses approches simplistes de la politique, mais son origine autrichienne: ne peut devenir président à Washington quelqu'un qui n´est pas Américain de naissance.

C'est un règlement curieux dans ces temps de globalisation, qui prouve que chaque système électoral a ses défauts, même celui de la démocratie modèle. Cela dit, ce n'est pas une raison pour en rajouter avec les mauvaises habitudes, les non-dits, les non-faits ou les tabous. Dans ce domaine nous sommes particulièrement forts en Suisse. Un exemple: l´élection au Conseil fédéral de la semaine prochaine.

D´abord une remarque qui m´importe: je tiens à une représentation des minorités, même une surreprésentation – dans tous les domaines, à tous les étages de notre Confédération. J´accepterais facilement d´être gouverné par une majorité latine à Berne. L´idée pilote de notre pays n´est pas que la majorité accomplit sa volonté, mais que les minorités sont protégées. Je suis content qu´on ait aboli la clause cantonale qui a trop limité le choix. Mais je pense qu´il serait sage de ne pas utiliser cette ouverture pour élire plusieurs Zurichois; inutile de réveiller la crainte à l´égard du centre du pouvoir économique, médiatique, culturel ou scientifique en Suisse. Hélas, il y a une chose, chers amis d´outre-Sarine, que j´ai du mal à comprendre: pourquoi ne considérez-vous pas la candidate Ruth Lüthi comme l'une des vôtres? Ne parle-t-elle pas bien votre langue? N´a-t-elle pas fait un bon boulot pour le canton de Fribourg, majoritairement romand? A-t-elle jamais endossé le rôle étroit d´avocate des germanophones? Manque-t-elle de sensibilité romande? Se comporte-t-elle, comme on dit chez moi, comme un éléphant dans un magasin de porcelaine? C'est vrai qu´elle a avoué, une fois, rêver en allemand. Mais que comptent les rêves ministériels face aux dures réalités politiques?

Soyons heureux que dans notre pays des gens bougent, y compris à travers les frontières linguistiques. Cela renforce la cohésion. En plus, l´économie exige davantage de mobilité. Ne punissons donc pas ceux qui en font preuve. Ne créons pas inutilement un délit de naissance. Il serait contraire aux intérêts suisses et aux valeurs républicaines. Ce qui importe, c´est la volonté d´appartenir à une société. En tant que Bernois vivant à Zurich, je verrais d´un bon œil que le prochain conseiller fédéral zurichois ait un accent français ou italien. Je me sentirais bien représenté. Du reste, il est vrai que M. Schwarzenegger ferait un président américain très authentique. Qui apprécie un George W. mérite bien un Arnold.

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