On est enclin à penser que si Marcel Ospel est un expert de la finance, c'est un avantage pour assurer une bonne direction de UBS. C'est de même un atout pour Benedikt Weibel, dans sa fonction de patron des CFF, de connaître à fond le secteur ferroviaire.

Seuls les responsables de la SSR idée suisse semblent convaincus du contraire. Depuis des mois, ils préparent la succession à la tête de la télévision suisse alémanique DRS. Dès le début, ce fut une évidence: tous les papables apportant la moindre expérience journalistique, sachant ce qu'est la programmation de grandes chaînes télévisées de service public étaient exclus de la compétition. Hier, le conseil responsable de la nomination du nouveau directeur de la télévision DRS a désigné – sous la forte influence du directeur-général de la SSR – Ingrid Deltenre. Elle a la réputation d'une bonne gestionnaire et dirige actuellement la société qui vend la publicité sur nos écrans. Important, mais pas tellement difficile. Car vendre de la pub pour un quasi-monopole – les annonceurs ont peu d'alternatives s'ils visent un vaste public alémanique – est plus facile que le défi de maintenir le taux d'écoute – car les téléspectateurs, eux, ont le choix entre des dizaines de chaînes, rien qu'en allemand.

Un grand mérite de Peter Schellenberg, titulaire actuel du poste, est d'avoir défendu la DRS contre des stations beaucoup plus riches. Quelques-unes d'entre elles, dont France 2 ou l'allemande ARD, seraient heureuses d'une telle part de marché. Il faut dire que Schellenberg est un des gourous de la télévision dans ce pays, et est plongé dans ce métier depuis toujours. Sa remplaçante, elle, devra commencer à zéro.

Il est vrai qu'aujourd'hui – vu la férocité de la compétition – il ne suffit plus pour le dirigeant d'un journal, d'une station de radio ou de TV d'écrire le grand édito du samedi, de soigner des contacts importants et de présider la conférence de rédaction. Il est surtout indispensable qu'il s'intéresse au budget, qu'il acquière des connaissances en marketing, qu'il gère les ressources humaines.

Je comprends néanmoins la frustration des employés de notre TV en apprenant que leurs connaissances au niveau du programme et du journalisme sont si peu valorisées par les autorités supérieures. Aucun responsable maison, aucun professionnel de l'extérieur n'a trouvé grâce pour la place de nouveau directeur. Comme si le contenu n'était pas et ne restera pas toujours l'arme la plus importante dans le combat entre médias.

Ce choix d'hier pourrait facilement nous pousser à la conclusion qu'un journal, une radio, une télé deviennent des produits comme les autres. Dentifrices, frigos, télévisions – un bon manager sait vendre n'importe quoi.

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