Dépêchons-nous! Il est grand temps. Il nous reste cinq ans. En 2008 la Suisse sera l'organisatrice de l'Eurofoot. En coopération avec l'Autriche! Où est le problème? me demanderez-vous. Eh bien, pour la Suisse romande, aucun. Mais pour nous, Alémaniques, c'est une autre paire de manches. Question d'histoire. L'Autriche a toujours été notre archétype de l'ennemi. C'est ce que nous avons compris à l'école. C'était bien un Habsbourgeois, donc un Autrichien, dont le chapeau avait volé sous le carreau d'arbalète de notre Guillaume Tell. Plus tard, c'est devenu évident: de Gessler au skieur Stephan Eberharter, la ligne droite. Tous des adversaires. A l'école de recrues, l'ennemi est toujours venu de l'est. On craignait évidemment la Russie. Mais qui d'autre se trouve à l'est? Eh oui, l'autre «ennemi», selon le mot d'un de mes camarades de service. Il n'en démordait pas, quoi que puisse dire l'officier de renseignement sur la faiblesse de l'armée autrichienne. Il était Zougois, ses ancêtres avaient donc participé à la bataille de Morgarten.

Et ,tout à coup, les Autrichiens sont nos partenaires! Restent cinq ans pour corriger nos préjugés soigneusement entretenus depuis des siècles.

Le fossé entre nos deux pays voisins n'est pas dû qu'à l'histoire. Ce qui sépare Suisses alémaniques et Autrichiens, c'est notre ressemblance. Il y a des différences, certes, la religion par exemple – tradition protestante dans les centres de décision suisses, tradition catholique en Autriche. Vrai aussi qu'ils font beaucoup mieux que nous sur des skis ou à l'opéra. Et le rapport vis-à-vis de l'Allemagne n'est pas le même – méfiance chez nous, admiration chez nos voisins de l'est. En plus, on ne peut nier que l'Autrichien typique est nonchalant et souple, alors que l'Helvète…

En revanche, les similitudes sont plus nombreuses: Berne et Vienne sont des villes lentes; les deux pays connaissent des grandes coalitions gouvernementales; tous les deux sont des pays touristiques (sauf que chez nous le visiteur est un adversaire, tandis qu'en Autriche il est sinon un partenaire, du moins un défi); deux pays neutres, qui privilégient l'harmonie plutôt que la confrontation; deux pays de transit enfin, qui souffrent sous les poids lourds traversant les Alpes (à la seule différence que les Autrichiens préféreraient les voir utiliser le Gothard, et nous le Brenner). Donc, dès que nous avons des problèmes avec nous-mêmes, nous en avons avec ceux qui nous ressemblent. Mais le danger qui m'inquiète vraiment, c'est de nous retrouver tous deux en finale. Dans une telle situation, tout les progrès réalisés, toutes les bonnes intentions pourraient, hélas, s'évaporer. Bien entendu, une finale de foot Suisse-Autriche n'est pas pour le moment à l'ordre du jour. Mais dans cinq ans?

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