Pour comprendre mon inquiétude, il faut savoir que pour un Suisse alémanique, l'Allemand est l'ennemi préféré – surtout pendant les vacances. Il parle toujours un peu trop fort, il se lève toujours plus tôt que nous pour réserver son transat, et ses compatriotes et lui sont toujours trop nombreux sur les plages de ce monde.

Mais en feuilletant la presse allemande ces derniers jours, je me demande si je ne parle pas des «tempi passati» – pour utiliser la langue de «Sua Emittenza» Berlusconi, même s'il n'est que partiellement responsable de cette évolution.

Nous savons tous pourquoi le chancelier Gerhard Schröder passera ses vacances à Hanovre au lieu de Rimini cet été. Statistiquement, cela ne révolutionnera pas le paysage touristique mondial. Schröder, sa femme et quelques gardes du corps – on s'arrangera sans eux.

Mais il y a pire: le refus du chef du gouvernement ne reflète qu'une tendance parmi ses sujets. «Le temps n'est plus au beau fixe dans le vaste monde», lit-on dans la prestigieuse Frankfurter Allgemeine Zeitung, tandis que Die Welt parle d'un «fiasco pour le secteur touristique» et que Die Zeit publie des dessins ironiques sur le touriste allemand comme s'il s'agissait d'un phénomène du passé. La Süddeutsche Zeitung ose même poser la question: «Avons-nous mérité nos vacances?» La réponse est «non», car «il faut d'abord remettre en forme notre république». Le message est clair: Titisee au lieu de Titicacasee, Possenhofen à la place de Positano.

En poursuivant la lecture des gazettes, en passant des feuilletons aux pages économiques, dures et sévères, le diagnostic est encore plus clair: le responsable de l'association des agences de voyages parle d'une réduction des chiffres d'affaires d'environ 8%. TUI, le numéro un des voyagistes allemands, licenciera 2000 personnes. Depuis 2002, plus de 800 agences de voyages ont fermé leurs portes. Et de plus en plus d'avions charters allemands sont parqués dans le désert de l'Arizona au lieu de «brouetter» nos voisins vers le sable et les palmiers. Des analystes voient déjà les grands magazines de tourisme faisant traditionnellement l'éloge de pays lointains tourner leur intérêt vers la mer Baltique et la Forêt-Noire.

En tant que Suisse allemand, je devrais être heureux. Mon transat restera libre, la chance de trouver une place dans ma trattoria préférée s'améliorera et mes vacances se passeront sans ces bandes d'Allemands buvant de la bière en abondance et chantant à tue-tête. Mais, franchement, la perspective de ne plus les rencontrer, ou qu'en tant qu'espèce rare, m'attriste. Les vacances se videraient d'un ingrédient essentiel: comment pourrai-je encore ronchonner si mes cibles préférées ne sont plus au rendez-vous? Je me suis habitué à mes ennemis préférés. Oui, ils me manqueront.

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