Le siège principal de la BBC à Londres est présentement un site en construction. C'est vrai au niveau du bâtiment et du béton, mais cela vaut aussi pour l'intérieur de la très vénérable société publique. Des discussions avec des dirigeants et des journalistes de base démontrent qu'on est en train de réformer «Auntie», «la vielle tante», comme les Anglais l'appellent souvent.

Pour déclencher ce développement il fallait d'abord d'un véritable scandale. Celui-ci est arrivé l'année dernière avec le rapport d'un journaliste d'investigation qui prétendait que le gouvernement Blair était au courant du fait qu'il n'existait pas d'armes de dstruction massive en Irak. Un rapport de lord Hutton, qui a évalué les faits et reproches, a mis en cause les procédures de vérification et de contrôle au sein de la BBC. Malgré la découverte entre temps que la BBC était bien plus près de la vérité que la communication du gouvernement, et bien que les sondages donnent «Auntie» plus crédible que le premier ministre dans cette affaire, la BBC, loin d'afficher de la suffisance, continue son autocritique.

Un directeur m'a même dit: «L'affaire Gilligan a été pour nous un choc plutôt salutaire.» Dans un manifeste intitulé «Créer de la valeur publique», la BBC met l'accent sur les fondements d'une organisation de radio et télévision publique: l'information crédible, solide et impartiale, et la création de valeurs culturelles. Cela n'exclut pas l'ambition de faire des programmes pour un public large, mais interdit – et on le reconnaît à Londres – la diffusion d'émissions qui ne satisfont pas à certains standards bien définis. Par exemple la plupart des bêtises qui naviguent sous le drapeau de la «reality-TV». La reconnaissance que, pendant plusieurs années, on s'est trop peu distingué des médias électroniques privés et l'ambition de réinstaller des délimitations sont évidentes.

Cette approche est intéressante, et le récent manifeste de la BBC, toujours un modèle pour beaucoup d'autres, vaudrait la peine d'être lu. Y compris dans un pays comme le nôtre, en train de réformer sa loi sur la radio et la télé. Néanmoins, il ne faut pas croire que les conclusions qu'on tire à Londres d'une affaire pénible sont vraiment hardies ou téméraires. On s'est posé tout simplement une question: «Que veut le citoyen d'une radio et d'une télévision publiques?» La réponse est donnée dans une étude: la très grande majorité des auditeurs et téléspectateurs ne paient pas la redevance obligatoire pour avoir de la «reality-TV», ni des programmes de divertissement ou même en priorité du sport, mais d'abord pour l'information nationale et internationale, ensuite pour l'information régionale, et enfin pour les programmes culturels. Ce n'est pas mal de se le rappeler de temps en temps.

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