Déjà un mois s'est écoulé depuis la vague géante dans l'océan Indien. Mais aussi énorme qu'ait été le désastre, les vagues médiatiques, comme les vagues maritimes, se sont apaisées. En feuilletant la presse ces jours-ci, on se rend compte que le Forum de Davos, le destin de Swiss, le début du second mandat de George Bush ont pris le dessus. Chaque nouvel événement chasse le précédent. Seuls les médias sérieux assurent la continuité et respectent l'obligation de rapporter une fois l'excitation du public (et des journalistes) évaporée.

Un mois après la tragédie, c'est l'heure des premiers bilans. Bilan du Ministère des affaires étrangères, bilan des ONG, bilan des gouvernements des pays de l'Asie du Sud, bilan des voyagistes. Et bilan des médias bien sûr. Sans prétendre d'être objectif, cela va de soi, je pense qu'ils ne se sont pas trop mal tirés d'affaire.

Le début a été, il est vrai, un peu lent. Mais, les 26 et 27 décembre de l'année dernière, on parlait encore de quelques centaines de morts. C'est seulement plus tard que les chiffres se sont multipliés par mille. Et, à ce moment-là, les médias ont été plutôt rapides, malgré la période des Fêtes, à mettre en marche le dispositif des envoyés spéciaux. Plus important encore: la majorité de ceux qui rapportaient n'étaient pas des journalistes parachutés qui font en temps normaux les comptes rendus du parlement cantonal, mais des gens avec une expérience, sinon dans la région touchée, au moins dans des zones de crise.

Deuxième point: la majorité des médias (au moins en Suisse) n'ont pas perdu le sens des proportions. Quand il y a des douzaines ou des centaines de morts suisses, cela est un sujet important qu'il faut traiter en tant que tel. Il est par contre inadmissible que les souffrances de compatriotes soient le seul point focal et qu'on ignore celles des autres pays, surtout des pays dévastés qui ont tellement plus de victimes à déplorer. La proximité est un principe journalistique légitime, mais pas le seul.

Troisième point: dans la plupart des reportages, je sentais l'ambition d'informer sereinement le public et non pas de l'exciter et d'attiser les émotions. Les journalistes prenaient la position d'observateurs – qui est la leur – et ne se sont pas hissés en participants ou animateurs. D'ailleurs, le récit des faits bruts est souvent beaucoup plus émouvant que le récit dramatisé ou le reportage qui viole le droit de chaque victime au respect de sa sphère privée.

Une chose m'a laissé un goût amer: le grand nombre de vidéos privées qu'on a vu diffusées par la télévision. Bien que souvent impressionnantes et contribuant à l'information, j'ai du mal à ignorer le cynisme avec lequel elles ont été tournées: qu'est-ce qui amène un particulier à saisir en première réaction, quand une catastrophe se dessine, sa caméra vidéo au lieu de fuir les lieux ou d'aider?

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