Le plus intéressant, quand on voyage, ce sont les questions soulevées. Je viens de passer quelques jours en Russie, où j'ai suivi à la télévision la conférence de presse annuelle du président. Il est fascinant de voir comment Vladimir Poutine, dont la liberté de presse n'est certes pas la valeur qui lui tient le plus à cœur, est à l'aise avec les journalistes: décontracté, habile et plein d'humour. Alors qu'un Silvio Berlusconi perd tout contrôle dès qu'on lui pose une question critique. Ou qu'un George Bush se soumet exclusivement aux questions des journalistes de la «famille», du «White House Press Corps», où il a jeu gagné.

Toute autre contradiction, évidente: aussi évident le progrès économique soit-il, les mentalités et lourdeurs n'évoluent guère. L'obtention d'un visa russe devient même plus difficile. L'achat d'un billet de train reste compliqué comme jadis, sous les communistes. Le nombre de policiers pour escorter le moindre dignitaire est faramineux. Bizarre également: alors qu'on trouve partout des taxis bon marché – officiels ou non – il reste des troupeaux de chauffeurs de taxi qui réclament des prix exorbitants devant les hôtels de luxe ou les aéroports. Ils attendent donc une éternité pour trouver un sot qui se laisse plumer.

Mais les questions ne concernent pas seulement le pays visité. A Saint-Pétersbourg, j'ai été frappé par l'ingéniosité de la Ville de Genève à offrir en cadeau pour le tricentenaire de la ville une horloge fleurie. «Savez-vous que chez nous la saison des fleurs ne dure que quelques semaines?», me demandait une amie russe. Jolie idée aussi d'offrir au public pendant les «Journées suisses» une raclette – en plein mois de juillet, quand les températures montent même dans la capitale de Pierre le Grand autour des 30°. Des «journées» dont le but reste d'ailleurs vague. Trouver des investisseurs pour la Suisse? Séduire des touristes? Offrir l'occasion à notre président de rencontrer Poutine? Sauf que celui-ci va finalement – après avoir hésité longtemps – recevoir Pascal Couchepin ce vendredi à Moscou, mais ne partagera pas la raclette avec lui. Et si les Russes trouvaient la Suisse sympa, mais trop peu importante et un peu étrange?

Etrange, surtout, notre présence permanente dans la deuxième ville de Russie: bien qu'un diplomate professionnel soit présent sur place, on s'offre en plus le luxe d'un consul honoraire, qui est même le numéro un, une Suissesse qui gère surtout ses intérêts privés, un hôtel par exemple. Ce qui donne l'impression que notre consulat est l'annexe d'un hôtel. Ou l'inverse: que notre consulat loue des chambres aux visiteurs de la ville. La question d'un risque de collusion d'intérêts serait certainement posée – s'il s'agissait de la Russie et non de la Suisse.

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