La maxime est connue: «La première victime de la guerre, c'est la vérité.» Quand on lit les articles concernant cette avant-guerre on réalise que ce serait pareil cette fois encore – ce journal a fait le point dans un dossier la semaine dernière. Mais, dans un autre domaine, la tradition n'est pas respectée: on pensait que la guerre aurait au moins, au-delà de tous ses aspects négatifs, de la violence et des tragédies humaines, l'avantage de clarifier les fronts. On allait être pour ou contre, ce qui donnait tout à coup l'impression de comprendre la politique. Il ne restait plus d´espace pour le flou.

Mais, justement, cela ne se passe pas comme ça: au lieu d'apporter des réponses – parfois simplistes – cette période de préparation ne nous offre, au lieu de la clarté, qu'un tas de questions. Heureusement j´ai eu la chance de discuter hier soir avec quelques confrères, tous des observateurs expérimentés de la politique internationale. Cette rencontre m'a rassuré: je ne suis pas le seul à comprendre de moins en moins.

Des exemples? Comment expliquer que Jacques Chirac se soit relevé comme un phénix de ses cendres grâce à sa prise de position, d'ailleurs longtemps hésitante? Qu´un homme politique soit apprécié ou pas, cela dépend-il uniquement de l'humeur de l'heure? Et d'un seul thème? Et si c'est le cas, pourquoi le non ferme de Gerhard Schröder ne l'a nullement aidé? Autre étrangeté: le pape, mais aussi les évêques suisses et l'église protestante ont pris position très clairement contre cette guerre, au nom des valeurs chrétiennes. Mais peut-on être plus chrétien que le méthodiste George Bush, que Donald Rumsfeld, que John Ashcroft? Ce n'est pas un affrontement entre religions, mais des adhérents d'une même religion qui tirent des conclusions diamétralement opposées de la Bible. Autre chose: la gauche prétend que cette guerre ne serait menée qu'à cause du pétrole – mais jamais les réserves connues et exploitables n'ont été aussi vastes qu'aujourd'hui. Par ailleurs, on pourrait supposer que les généraux seront des bellicistes. Le contraire est vrai: ce sont eux qui lancent les mises en garde les plus tenaces contre les dangers d´une attaque.

Continuons: l'industrie qui devait profiter des préparatifs d'une guerre, devrait être logiquement celle de l'armement. Mais non. La Ruag, en Suisse, va très mal et va licencier plusieurs centaines de collaborateurs. Et enfin: pourquoi ne peut-on pas être anti-Bush sans être accusé d'antiaméricanisme?

Il se peut que nous allons devoir vivre avec toutes ces contradictions. Une question au moins nous rappelle d'autres passes d'armes: pourquoi une confrontation internationale a-t-elle lieu bien qu'une majorité écrasante y soit opposée? Mais c'est probablement naïf de poser cette question-là.

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