C'est peut-être la faute de mon ancien professeur en communication à l'Université Laval à Québec. Son choix était clair: pour s'amuser, la télé est une excellente chose. Mais pour qui veut comprendre, mieux vaut lire les journaux ou écouter la radio. Ses arguments étaient irrésistibles. On peut facilement, disait-il, s'installer devant le petit écran sans mettre en marche son cerveau. Donc on ne s'enrichit pas nécessairement sur le plan intellectuel en regardant le journal télévisé; il se peut par contre qu'on soit stimulé au niveau des émotions. «Mais ça ne sert absolument à rien, insistait-il, de simplement regarder une page imprimée. Il faut lire les mots, les phrases, et leur donner un sens. Ce n'est qu'en faisant cet effort qu'on profite de cette activité. Donc, avec la lecture, le cerveau est forcément impliqué.»

Hélas, ce raisonnement n'est pas le seul élément à m'avoir transformé en téléspectateur négligeant, surtout par rapport aux émissions d'information. En fait, elles contiennent des éléments qui ne sont tout simplement pas à mon goût. C'est pourquoi ma consommation se limite à l'indispensable, par exemple quand je dois savoir en tant que journaliste comment on traite d'un sujet dans tel ou tel pays. (Rien n'égale d'ailleurs les journaux télévisés dans les dictatures, où l'on voit défiler des potentats dans toute leur gloire et où la couverture de la réception d'un ministre au salon VIP de l'aéroport dure une éternité.)

Qu'est-ce qui ne me plaît pas dans notre journal télévisé à nous? Le choix du contenu, trop souvent, plus influencé par l'afflux d'images que par l'importance du sujet. Le fait, ensuite, que les présentateurs plongent en permanence le regard dans mon salon (en lisant bien sûr leur téléprompteur). Je préfère le journal télévisé allemand, où ils utilisent encore du papier, et tournent donc parfois le regard. (Ne nous a-t-on pas dit, quand nous étions petits, qu'il est impoli de regarder fixement quelqu'un?) Je ne suis pas amateur non plus des jolies filles de la météo. Cet officier de marine sur la RAI italienne est raide et ne nous offre pas plus de soleil, mais au moins il nous annonce la pluie de façon plus compétente. Je déteste en plus le moment où les présentateurs, à la fin de l'émission, essayent d'être drôles: pour moi, le journal télévisé, ce n'est pas les guignols.

Finalement, j'ai beaucoup de peine à comprendre pourquoi les stations n'arrivent pas à faire en sorte que leurs journaux télévisés – émissions phares qui revendiquent la fiabilité – commencent à l'heure pile. Chez France 2 ou TF1, ils commencent souvent trop tôt, chez nous en Suisse alémanique en retard. Même l'émission d'information qui s'appelle «Zehn vor zehn» (dix heures moins dix) se fait attendre plusieurs minutes. Comment faire confiance à un programme dont, déjà, le nom est faux?

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