Médias

Nadia Daam sous la pression de trolls après une chronique sur Europe 1

La journaliste fait l’objet de graves menaces depuis la diffusion d’un billet d’humeur condamnant le harcèlement subi par deux militants qui ont créé un numéro «anti-relous». Depuis, les messages de soutien inondent les réseaux sociaux

Son «coup de patte» a réveillé une armée de trolls. La journaliste Nadia Daam fait l’objet de menaces de mort et de viol depuis la diffusion, mercredi dernier, d’une chronique sur Europe 1. Dans ce billet d’humeur, elle évoquait le sabotage d’un numéro «anti-relous» mis à disposition des victimes de harcèlement de rue. L’attaque a été lancée depuis le forum 18-25 sur Jeuxvideo.com, site spécialisé qui reçoit 200 000 messages quotidiens.

La chroniqueuse qualifiait cet espace de «poubelle à déchets non recyclables d’Internet». Elle suggérait également aux utilisateurs de «léguer leur cerveau à la science pour qu’on sache un jour comment il est possible de rester en vie en étant aussi con». Un jugement qui a agacé plusieurs membres de cette communauté en ligne.

Plainte déposée

Depuis, Nadia Daam publie sur son compte Twitter – désormais en accès privé – des exemples de menaces et d’insultes reçues sur les réseaux sociaux, ses adresses e-mails et son téléphone portable. Au milieu de la nuit, elle a également entendu des grands coups résonner à la porte de son domicile. La chroniqueuse a déposé une plainte conjointe avec Europe 1 pour «menace de crime contre les personnes».

Plusieurs médias ont immédiatement publié une tribune de soutien signée par des dizaines de personnalités. «Nous voulons simplement dire aux brutes qui la persécutent qu’elle n’est pas seule, que nous pensons, comme elle, qu’ils sont des êtres lâches, minables et méprisables, et que nous attendons patiemment, mais avec confiance, que la justice et la communauté même du Web les mettent hors d’état de nuire», peut-on lire sur le site du Monde. Les réactions sont nombreuses sur les réseaux sociaux. «Stop à l’impunité des trolls cachés derrière de faux profils qui attaquent, mentent, insultent, violentent», affirme @LettreAudio sur Twitter.

Appel au boycott

La secrétaire d’Etat chargée de l’Egalité entre les hommes et les femmes, Marlène Schiappa, a interpellé la société qui héberge le forum incriminé. «J’ai demandé à @Twitter et à @WebediaFR de prendre leurs responsabilités pour que cesse le cyberharcèlement», a-t-elle twitté. Dans une lettre jointe à son message, elle rappelle que la provocation à la haine et à la violence, et l’injure publique sont des délits punis par la loi.

L’affaire a rebondi ce dimanche. La blogueuse Sophie Gourion a lancé sur Twitter le mot-clé #balancetonforum. Elle appelle les marques qui font de la pub sur Jeuxvideo.com à boycotter le site. «Taper le site au portefeuille, c’est la seule façon de faire changer le processus de modération des messages», explique au Parisien celle qui fut conseillère au Ministère des familles, de l’enfance et des droits des femmes entre mars 2016 et mai 2017. Son mot-clé est rapidement devenu viral, au point de faire réagir des annonceurs. Le fabricant de pâtes Barilla a suspendu sa campagne sur la plateforme. L’assureur Apicil assure quant à lui mettre «tout en œuvre» pour faire de même.

Modérateurs

Mis en cause, l’éditeur Webedia a publié un communiqué dans lequel il annonce porter plainte contre les harceleurs de Nadia Daam. Le groupe a par ailleurs doublé le nombre de modérateurs professionnels, les personnes chargées de filtrer les messages. Dans l’article du Parisien, un porte-parole de la société dénonce toutefois l’utilisation du mot-clé #balancetonforum: «Ce sont ces internautes qu’il faut condamner, pas des marques qui n’y sont pour rien.»

Cette violente pression exercée sur une journaliste inquiète Reporters sans frontières. Lundi, l’organisation a dénoncé la «montée du cyberharcèlement comme moyen de pression pour faire taire les journalistes».

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