Ma semaine suisse

Naïveté ou cynisme?

OPINION. A Pékin, Ueli Maurer a choisi de privilégier l’esprit de commerce au détriment de l’esprit critique. Il porte ainsi préjudice à la mission de la Suisse gardienne des droits humains, écrit notre chroniqueur Yves Petignat

Pourquoi Ueli Maurer cherche-t-il tant à ressembler à ces «monstres mous, ceux qui ont le cœur dur et la tripe sensible» et dont Georges Bernanos prédisait qu’un jour «la terre leur appartiendra peut-être»? Nous avons assez loué, dans les colonnes du Temps, la transformation du président de la Confédération de leader populiste en homme de gouvernement, pour nous autoriser à déplorer le naïf enthousiasme – ou le cynisme, on ne sait – avec lequel il s’est mué en avocat du projet de nouvelles Routes de la soie. Rarement d’ailleurs la visite d’Etat d’un président de la Confédération aura fait couler autant d’encre. Que ce soit pour le refus de se laisser accompagner par des journalistes, l’absence d’esprit critique autour de ce voyage ou l’autosatisfaction affichée pour le nombre record et historique de rencontres entre les deux pays.

Aucune prise de distance

Ueli Maurer a ainsi loué le plus gros projet d’investissement du siècle et la capacité de Pékin de se projeter dans l’avenir. Alors qu’il écartait d’un mot la méfiance avec laquelle l’Union européenne considère désormais la volonté d’expansion de la Chine, cette «rivale stratégique» de l’Europe. Selon le président et ministre des Finances «les milliards investis créent des emplois et de la sécurité» et donc de la stabilité. Plutôt que de critiquer «il vaut mieux s’impliquer et vouloir changer un projet d’une manière positive». S’il faut se féliciter que la Suisse et ses entreprises cherchent à conclure des affaires avec Pékin, c’est se donner bonne conscience à peu de frais que de prêter la moindre influence à un si petit pays.