Je viens de voir «Baron noir», l'excellente série de Canal +. Dans le dernier épisode, le président de la République (Niels Arestrup) veut renégocier le traité européen. Officiellement, pour redonner sa place à la France. Officieusement, pour faire oublier une affaire dans laquelle il est impliqué jusqu'à la moëlle. Il est à bout touchant quand la Suède annonce qu'elle ne signera pas. Elle ne veut pas s'associer à un président qu'elle juge sans morale. Réaction de ce dernier: «Ah ces puritains!» C’est une bonne réplique pour comprendre combien la classe politique française, du moins celle pour qui Ve République rime avec monarchie, confond puritanisme et honnêteté. Mais aussi flatterie et sexisme.

Trois scènes récentes éclairent les mœurs de cet ancien régime qui croit encore tenir les rênes. Léa Salamé en est, à chaque fois, l’héroïne.

«Sexy et virevoltante»

Premier épisode. Michel Field, directeur de l’information de France Télévision, décide de remplacer Nathalie Saint-Cricq, pourtant rompue à l’exercice, par Léa Salamé pour interviewer François Hollande dans «Dialogues citoyens». Son argument: «Elle est sexy et virevoltante». Ah bon! Mais alors pourquoi pas Nabilla ou Amanda Lear? C’est humiliant autant pour la remplacée que pour la remplaçante.

Arrive la fameuse émission. Léa Salamé tacle François Hollande qui se montre empoté, en particulier lorsqu'elle le harponne sur sa politique migratoire. Quelques jours plus tard, pour justifier sa passivité, le président confie au magazine «Challenges»: «Je n’allais pas être l’ogre qui dévore la princesse». Probablement une de ses fameuses saillies…

Mettre en concurrence et infantiliser

C’est Jean-Louis Debré qui ferme le bal des vaniteux. Sur le plateau d’«On n’est pas couché», l’ancien président du Conseil constitutionnel drague ouvertement Léa Salamé. Son insistance crée le malaise et met la journaliste en porte-à-faux: entrer dans son jeu et passer pour une courtisane? Ou dire stop et passer pour une virago?

C’est ça le problème avec le sexisme: il met en concurrence les femmes (Field), les infantilise pour mieux cacher ses propres incompétences (Hollande) ou les contraints à revenir à des rôles qu’elles ont mis beaucoup d’énergie à quitter. Aux yeux pourtant de Field, Hollande ou Debré, ce n’est que de la galanterie. Quelle définition alors réserver à la muflerie?

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