Perdue entre l’orbite terrestre, Mars et l’espace intersidéral, la NASA se cherche une destinée et les deniers pour la financer. Pourquoi l’Agence spatiale des puissants Etats-Unis en est-elle arrivée là? L’envol, ce 19 mai, de la première capsule non étatique semble asseoir sa nouvelle stratégie: faire construire par le privé des lanceurs similaires à ceux érigés jadis, mais avec les technologies actuelles, et surtout à des coûts moindres, leur contrôle étant garanti par la compétition entre diverses sociétés. Et les observateurs d’évoquer un changement de paradigme lié à l’essor d’un libre et vaste marché commercial de l’accès à l’espace.

Il ne faut point se leurrer. L’argent investi dans ces initiatives privées reste largement celui de la NASA. Celle-ci ne tolérera donc pas que ces firmes proposent de jouer les taxis de l’espace pour n’importe quel Etat désireux de s’inventer un avenir cosmique, Chine en tête. Malgré l’habileté de la démarche, elle ne masque pas l’embarras américain sur les pas de tir déserts.

En 2004, le programme de George W. Bush d’aller fouler Mars avait condamné des missions scientifiques. En 2008, Barack Obama démantelait cette vision, faisant à nouveau rêver les chercheurs misant plutôt sur l’exploration robotisée. Et voilà que, dans le budget 2013, le président revient en arrière: priorité au développement d’un lanceur lourd pour l’espace lointain, et abandon de la contribution à la sonde ExoMars, projet commun avec l’Agence spatiale européenne (ESA). Au passage, leur avis sur la meilleure façon de marcher vers Mars est demandé aux astronomes…

Comme l’explique l’expert australien Brett Biddington, la NASA doit se délimiter des objectifs clairs et convaincre les citoyens de leur utilité. Sans quoi elle restera une relique de la Guerre froide. Une institution qui tente de se relancer avec des projets peu pertinents scientifiquement, mais qui se montre surtout soucieuse de nourrir la vision que les Etats-Unis ont de leur position: être les historiques propriétaires de l’espace.

Le renouveau de la NASA passe par le développement de partenariats plus fiables avec les autres agences spatiales, chinoise y compris, ou par l’abolition des lois strictes interdisant toute firme privée impliquée dans le programme américain de commercer avec des partenaires étrangers.

Au XXe siècle, sur l’échiquier bien défini des Etats-nations, les défis étaient d’ordre politique d’abord, puis surtout technique, mais pas financier. Dans la crise de ce début de XXIe, ils résident dans la redéfinition même de la NASA et de sa place sur la scène évolutive des efforts spatiaux internationaux. Avec aussi, en filigrane, la position des Etats-Unis dans le monde. ö Page 16