Revue de presse

Le nationaliste Narendra Modi semblerait devoir l’emporter en Inde

L’opposition du Congrès national de Raul Gandhi paraît bien faible pour empêcher un deuxième mandat du premier ministre actuel dans le sous-continent. Réponse plus précise dès le milieu de semaine, où l’on saura si le BJP parvient à conserver sa majorité absolue ou s’il devra faire alliance

Entre les votations en Suisse, le scandale d’Ibiza, l’achèvement de Game of Thrones, la mort de Nilda Fernandez, la 13e Coupe du FC Bâle, Alain Delon sur le tapis rouge à Cannes et la médaille de chocolat pour la Suisse à l’Eurovision, il y a abondance de biens à commenter ce lundi matin pour les médias. C’est oublier que l’événement le plus massif du week-end était la conclusion, ce dimanche, du vote marathon de six semaines pour les législatives indiennes, qui décideront de la reconduction ou non du premier ministre nationaliste Narenda Modi à la tête de la démocratie la plus peuplée du globe.


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Le dépouillement du scrutin – 900 millions d’électeurs – aura lieu à partir du jeudi 23 mai, rappelle Courrier international. Mais peu après la fermeture des bureaux de vote, les premiers sondages de sortie des urnes anticipaient une majorité parlementaire pour la coalition sortante. Le Bharatiya Janata Party (BJP) de Modi «conservera ses fiefs au nord et à l’ouest et réalisera des gains considérables au Bengale-Occidental», écrit The Hindu.

Cela confirme les sondages précédents, qui «prévoyaient un second mandat» pour le chef du gouvernement actuel, ajoute le journal, tout en mettant en garde contre la «longue histoire d’erreurs» de ce type d’estimations dans le sous-continent. Radio-Canada précise que «la coalition que dirige le premier ministre obtiendrait, selon des projections, 285 sièges sur les 545 de la Chambre. D’autres estimations poussent même jusqu’à 306 le nombre de sièges que gagneraient sa formation et celles avec qui elle s’aligne.» Il a prié pour ce week-end:

Le New York Times, la BBC et Radio France internationale (RFI) prédisent aussi «une large victoire du parti nationaliste hindou. […] La campagne menée sur les thèmes de la sécurité nationale et de la suprématie de l’hindouisme aurait donc permis au gouvernement de Narendra Modi de réussir cet exploit. […] Tout le centre et le nord de l’Inde, depuis le Rajasthan jusqu’au Bihar, et même une partie du Bengale, seraient balayés par une vague safran. La seule question importante qui demeure est celle-ci: est-ce que le BJP […] obtiendra la majorité absolue à lui tout seul, comme dans la Chambre précédente, ou devra-t-il s’appuyer sur des alliés régionaux?»

En face, l’héritier des Nehru-Gandhi

Devenu en 2014 l’un des premiers représentants de la vague populiste mondiale actuelle à accéder au pouvoir, Modi devra aussi faire face à une progression de l’historique Congrès national indien, inclusif et de centre gauche et dont le président n’est autre que Rahul Gandhi, fils de l’ancien premier ministre Rajiv Gandhi et de l’ancienne présidente du Congrès Sonia Gandhi. Il est l’héritier de la famille Nehru-Gandhi.

Dans ce contexte de très grande division, «au lieu de défendre son bilan, Modi a joué sur nos insécurités et fait vibrer nos peurs intérieures profondes», a estimé dimanche l’Hindustan Times: «Cette stratégie politique a permis au premier ministre d’occulter ses performances décevantes sur des sujets pressants comme la crise rurale ou le chômage», alors qu’il a sillonné l’Inde à un rythme effréné, tout comme Gandhi, avec qui il a échangé «des insultes à distance presque quotidiennement». Le nationaliste hindou a tenu au total 142 rassemblements au cours de la campagne, parfois jusqu’à cinq par jour. Mais même s’il gagne, «tout ne fait que commencer», avertit CNN.

Un «combat de boue»

En attendant, «aucune violence majeure» n’a été signalée à Calcutta dimanche matin, où partisans du premier ministre sortant et ceux de l’opposition se sont affrontés dans des combats de rue» la semaine dernière, selon France 24. Mais «le niveau de la politique indienne a gravement baissé», a déclaré sur le chemin du bureau de vote Asit Banerjee, professeur d’histoire de Calcutta, à propos de cette campagne électorale agressive qui tient en haleine le pays de 1,3 milliard d’habitants depuis des semaines. «Le combat de boue sans fin et les déclarations vitupérantes ont imprégné la campagne», a-t-il ajouté.

Alors la question est posée par Time: l’Inde «pourra-t-elle survivre à cinq années supplémentaires sous la gouvernance de Narendra Modi»? Il affiche à sa une du jour un portrait du premier ministre qualifié de «chef de la désunion». Très critique, le magazine américain brosse un tableau sans concession de l’état du pays, alors qu’India Today, commentant cette couverture, confirme des «lynchages collectifs» et la nomination d’un extrémiste religieux à la tête de l’Uttar Pradesh en 2017. L’opposition en prend aussi pour son grade, que Time qualifie de «faible» et «disparate»:

L’Inde de Modi laisse l’impression d’un endroit du monde où l’ordre des choses a disparu, sans qu’aucune alternative crédible n’ait vu le jour

Il faut dire que le BJP, explique France Télévisions, nourrit beaucoup d’animosité envers les musulmans, quasi assimilés à des Pakistanais, et a bâti toute sa campagne sur «la protection de son peuple contre l’ennemi». «La grande absente de ces élections, c’est la laïcité, analyse aussi Olivier Da Lage, de RFI, alors que d’habitude, c’est un sujet central. Les deux têtes d’affiche se montrent ainsi en pieux hindous et visitent des temples. Au final, c’est une compétition entre un nationalisme hindou brutal et la version plus soft portée par Rahul Gandhi.»

Priyanka Gandhi à la rescousse

Ce dernier a bien essayé d’«entrer en realpolitik» avec sa sœur Priyanka, «souvent jugée plus populaire que lui». En avril dernier, le Wire indien faisait remarquer «la ferveur avec laquelle une partie des médias a accueilli la nouvelle». Mais cela «ferait presque oublier combien, il y a quelques mois seulement, le Parti du Congrès était conspué et passait pour un parti dynastique aux mains de la famille Gandhi. En confiant à Priyanka la difficile tâche de consolider la base du parti dans l’Uttar Pradesh», une région très conservatrice, Rahul semblait renouer avec la tradition d’un parti qui ne se rassemble que sous l’égide des Gandhi.

Il n’est pas sûr que cela suffise cette fois-ci.


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