Cette semaine, je l’ai passée à regarder triompher Marine Le Pen et sa nièce Marion à la une consternée de tous les médias français. Pendant ce temps, côté anglo-saxon, c’est la tête de l’immonde Donald Trump qui était partout – essentiellement pour dire qu’il était vraiment immonde, mais le résultat, c’est qu’il était partout. Puis j’ai vu Guy Parmelin élu pour ainsi dire «naturellement» au Conseil fédéral sous l’oeil placide des médias suisses.

Aucun rapport, évidemment, entre la famille Le Pen, Guy Parmelin et Donald Trump. Il serait terriblement hâtif, grossier, naïf, inélégant, et hors de propos de ranger ces gens dans le même tiroir, de niveler ces faits d’actualité, d’en comparer les traitements médiatiques et de tirer de péremptoires conclusions sur le monde tel qu’il va.

Car, évidemment, l’élection programmée d’un second conseiller fédéral UDC, conséquence mécanique d’une nouvelle montée en puissance du parti national-populiste suisse aux récentes élections fédérales, n’a rien à voir, mais alors, rien du tout, avec le premier tour des élections régionales chez notre grand voisin. Autre mécanique électorale, autre structure politique, autre contexte socio-culturel, autre climat économique, on ne compare pas des pommes et des poires (quand bien même, au bout du compte, les urnes françaises auront, elles aussi, consacré un parti national-populiste en première force politique du pays). Quant à Donald Trump, il n’est encore sorti victorieux d’aucune soumission aux urnes, et seules ses fascinantes déclarations (national-populistes peut-être?) lui valent d’occuper ainsi l’espace médiatique.

Le triomphe du bon sens

Alors, non, non, non, Guy Parmelin n’est pas Marion Maréchal, Marine Le Pen n’est pas Donald Trump, cela ne fait pas l’ombre du moindre doute. Le premier a beau, comme il le dit lui-même, adhérer à 95% des positions défendues par l’UDC, un parti national-populiste, il est avant tout ce sympathique bonhomme à l’intelligence terrienne, apte au compromis, pragmatique, et plein de bon sens (j’ai lu ça dans les journaux d’ici). Les trois autres sont des diables aux allures de gens ordinaires, porteurs d’idées politiques inacceptables, conservatrices, populistes et nationalistes, qu’ils déguisent pour plaire sous le discours du bon sens.

A l’heure, donc, où le gentil Vaudois accède au poste figuratif de ministre en charge de la Défense, de la sécurité de la population et des sports (peut-être la plus haute fonction politique du pays dans laquelle on puisse être durablement inoffensif), je ne vais pas me demander comment il se fait qu’en Suisse, le national-populisme soit à ce point soluble dans la mécanique fédérale, les institutions et la convivialité du vin blanc partagé.

Néanmoins, je me permettrai de relever que cette semaine médiatique fut un tout petit peu déprimante pour moi.

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