Il était une fois

Les nations en feu

OPINION. Gauche et droite ne se reconnaissent plus tout à fait, la nation balaie l’ordre stable dans lequel elles se rangeaient, écrit notre chroniqueuse Joëlle Kuntz à l’aune du Brexit

Partout en Europe, la question nationale s’impose au-dessus des clivages politiques classiques. Les institutions démocratiques, conçues pour l’organisation intérieure des Etats dans une logique d’opposition gauche/droite, sont mises au défi d’accompagner un partage de souveraineté jamais tenté et même contraire à l’histoire de la plupart des pays du continent. Gauche et droite ne se reconnaissent plus tout à fait, la nation balaie l’ordre stable dans lequel elles se rangeaient.

J’ai le pouvoir démocratique de réclamer en Suisse l’égalité de salaire pour les hommes et les femmes. Mais je suis traître à la nation quand je réclame que ce salaire soit versé en euros. Le droit de défendre l’adhésion de la Suisse à l’Union existe toujours sur le papier mais il a socialement et politiquement reculé de façon spectaculaire dans les trente dernières années, à gauche comme à droite. Il est devenu incompatible avec le fait d’être Suisse. J’ai donc perdu l’espace de liberté démocratique qui me permettait de concevoir pour mon pays un avenir autre que strictement national.