Deux mètres. A la naissance, le girafeau tombe de haut. C’est que sa maman, grande élégante dégingandée, ne se couche pas pour accoucher. Non, la douce diva à la robe territoire écarte les pattes arrière et, poc, après quatorze mois d’une gestation passée à brouter des feuilles d’acacias, la belle met bas. Une expression qui prend tout son sens ici. Deux mètres de chute libre comme incipit, le girafeau doit en effet trouver que la terre est bien basse. Mais c’est pour mieux se redresser et flirter avec les sommets. D’abord, tout tremble lorsque, le regard hagard, le bébé girafe hisse son mètre quatre-vingt et ses 53 kilos – quel morceau! Pleine de délicatesse, sa mère le guide alors vers ses mamelles et après trois jours de ce traitement de choc et de charme, le petit court et saute dans la vaste savane.

C’est puissant une mère. Ce n’est pas Jésus qui dira le contraire. Bon, d’accord, dans les Ecritures, le fils mystère n’en a un peu que pour son père. Normal, c’est la comm qui veut ça. Tout, dans son parcours, a été axé autour de cette filiation à haut potentiel de rédemption. Mais sans Marie, pas de naissance, pas de croix et pas de rachat. Pas de chocolat, ajouteront les malins, mais ça, le paralytique, ça vient plus tard…

Marie superstar. Marie, mère courage, qui assume une conception certes immaculée, mais d’abord suspecte pour sa voisine de palier. Marie qui donne la vie à un enfant dont elle sait déjà qu’il mourra pour sauver l’humanité. Accoucher, ce n’est vraiment pas drôle. Ok, j’ai par trois fois omis de recourir à un truc génial qui s’appelle la péridurale. Du coup, comme promet le texte sacré avec son doigt levé, dans les douleurs, j’ai enfanté. Mais au-delà de la souffrance, entre les risques d’hémorragie, d’avc et d’embolie, accoucher en 2015 est encore, et pour les siècles des siècles, un acte risqué. En France, 75 à 80 femmes meurent chaque année en donnant la vie…

Accoucher, ce n’est donc pas complètement la fête. Alors accoucher d’un enfant dont on sait qu’il va être crucifié prématurément, c’est carrément déroutant. Heureusement, Marie n’était pas seule. En plus de l’âne, du bœuf et des bergers, elle a pu compter sur Joseph qui ressemble à ces beaux-pères nouvelle manière, doux, attentifs, sans préjugés. Un parfait père de substitution. Il est tombé de haut, lui aussi, mais il s’est relevé et a tenu sur la durée. Marie est une figure d’éternité, Joseph annonce la modernité.