La campagne n’a pas vraiment pris, écrasée par celle sur l’imposition des entreprises, aux enjeux économiques plus massifs. Ce n’est pas une raison pour détourner le regard de cet autre sujet soumis au vote le 12 février: la naturalisation simplifiée des étrangers de 3e génération, nés et scolarisés en Suisse.

En majorité, ces enfants et ces jeunes de moins de 25 ans sont les petits-enfants d’immigrés arrivés en Suisse pour travailler durant les Trente Glorieuses. Leurs parents ont fait leur vie ici. Dans les faits, la plupart de ces jeunes sont des Suisses sans passeport. Ils méritent un coup de pouce pour obtenir ce document.

D’abord quelques données qui permettent de saisir l’ampleur de l’enjeu. Selon le géographe Philippe Wanner, 24 650 jeunes répondent aux critères posés pour prétendre à une naturalisation facilitée (et non automatique).

A ce groupe, s’ajoutera une moyenne annuelle de 2300 enfants qui, après cinq ans d’école, seront de ce fait éligibles à la naturalisation. Globalement, 78,6% des intéressés sont originaires d’un pays européen. Plus de la moitié (58%) sont Italiens, près de 8% Espagnols, 9% Turcs. Près de 70% ont des parents nés en Suisse.

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On est loin des chiffres avancés par l’UDC et par le comité du non, qui compte également des élus du parti souverainiste. A dessein, en affichant dans les gares l’image d’une femme en niqab, les opposants ont fait glisser la campagne vers leurs thèmes de prédilection, le spectre de l’invasion et la peur de l’islam. Ceci en utilisant des faits parallèles: la courbe des naturalisations ordinaires (42’000 en 2015) et l’estimation du nombre de musulmans établis en Suisse (entre 340’000 et 450’000 personnes). Disons-le clairement: ce n’est pas l’objet de la votation.

La manœuvre a pourtant partiellement fonctionné. Le débat a peu porté sur les questions de fond. Qu’est-ce que cela signifie d’être Suisse? D’être intégré? Est-il légitime que l’accès au passeport soit plus ou moins ardu selon les communes? L’intégration, n’est-ce pas justement le fait de vivre dans un pays depuis plusieurs générations, d’en parler la langue et d’en partager la culture – dont l’école, les loisirs et l’emploi sont les vecteurs d’apprentissage par excellence?

Refuser une procédure simplifiée à ces jeunes constituerait un affront inutile à leur encontre, et une attaque stérile à la cohésion sociale. Sans compter que la naturalisation facilitée des petits-enfants des travailleurs immigrés des années 60, en majorité des Italiens, représente un geste de reconnaissance envers ceux qui ont contribué à la prospérité économique du pays. Un vote de méfiance et de défiance envers eux serait tout simplement indigne d’une Suisse confiante en elle-même.


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