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«J’avais déjà deux passeports, deux monnaies, je me sentais Suisse, cela me suffisait.»
© Anthony Anex/Keystone

La vie à 30 ans

Naturalisation: comment je suis devenue Suissesse

En marge de la votation du 12 février prochain, notre chroniqueuse évoque tout le processus de sa naturalisation, lorsqu’elle était encore adolescente, avec ses deux sœurs

J’ai 15 ans et je passe mon après-midi au poste de police. Je suis la procédure. Oui, je dis, nous parlons français à la maison, nous soupons vers 19h30 et organisons chaque année la fête de quartier. Je fais presque un sans-faute en attestant aux policiers qu’après l’école je vais au conservatoire, aux cours de danse et de grec ancien, que l’on emmène toujours avec nous des copines suisses en vacances. Presque un sans-faute, donc, parce que je dis aussi que je préfère aller faire les courses en France – il y a plus de choix de yaourts – et que l’armée, au sein d’un pays neutre, c’est un concept que je ne comprends pas. Mais bref, ça passe.

Le protocole face à la gamine

A 16 ans, c’était un soir, je suis entrée seule dans la salle des pas perdus. Face à moi, une dizaine d’élus communaux attendaient solennellement en demi-cercle. Salut. Ils ont commencé à se présenter un à un et je n’ai pas pu m’empêcher de rire. Ce protocole, face à une gamine, ça frisait le ridicule. J’avais appris par cœur un petit traité de politique illustré que ma sœur m’avait fait répéter. On y parlait aussi des lacs de notre pays, de son industrie pharma et horlogère, de nos traditions fromagères, des différents pouvoirs et de la formule magique.

Les chefs-lieux des cantons, je maîtrisais, mais dans le creux de ma manche figuraient au stylo Bic les noms d’un ou deux conseillers fédéraux dont l’exotisme de l’orthographe valait bien le mien. Moyen mnémotechnique pour me souvenir du nom de mon syndic: Eric «verrue». A la question de savoir quelle ville suisse me plaisait, j’ai répondu Verbier, et ils se sont marrés.

Trois petites blondes face à un papa albanais

Un jour on a vu, en direct, le Conseil communal voter. Des inconnus feuilletaient devant nous notre vie privée. Là encore, ça a passé: 89% de oui. Trois petites blondes parigo-norvégiennes, ça fait moins moche dans le paysage qu’un père de famille albanais (58%).

Jusque-là, le processus de naturalisation, je trouvais cela lourdingue. J’avais déjà deux passeports, deux monnaies, je me sentais Suisse, cela me suffisait. Mais lorsque, à 17 ans, j’ai prêté serment sous les fresques Renaissance italienne du Palais de Rumine à Lausanne, mes voisins pleuraient. Je repensais à Ellis Island, à la volonté désespérée de certains migrants de se faire naturaliser, à la roulette russe que représente la vie, à la cigogne qu’il y a peut-être moyen d'acheter avant qu’elle ne dépose l’enfant dans un pays qui craint. Je pensais cela et j’étais déjà autre. J’étais Suisse.


A propos du vote du 12 février:

Dossier
Qui veut devenir Suisse ?

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© Gabioud Simon (gam)