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Centrale atomique de Goesgen. 2007.
© KEYSTONE/Martin Ruetschi

Débat

Le naufrage programmé de la nouvelle loi fédérale sur l’énergie

La stratégie énergétique suisse, telle qu’elle que présentée par la LEne, contient une forte dépendance vis-à-vis de nos voisins allemands et français, dénonce le physicien à la retraite André Bovay-Rohr

Il semble extraordinaire que le gouvernement fédéral, puis les gouvernements cantonaux, et par la suite leurs parlements, ne se soient pas aperçus que les propositions contenues dans la stratégie énergétique, dans la loi LEne, ne pouvaient physiquement pas fonctionner en Suisse! Conséquence: il va falloir importer massivement de l’électricité sitôt les usines électronucléaires arrêtées. Que ce soit en 2020 déjà, on entrera dans la même zone de turbulences que l’Europe fortement dotée d’éoliennes et de panneaux photovoltaïques; quant à prédire ce qui va se passer d’ici à 2040 ou 2050, c’est intellectuellement malhonnête et financièrement farfelu.

On peut attribuer au manque de culture scientifique et technique des autorités pareil cafouillage: les responsables ont manifestement perdu le contrôle de leur département; le mal a été décelé par des experts indépendants dès 2011, sans qu’il y ait eu de réactions officielles adéquates.

Vérifier la peur du nucléaire

Il y a pire: on s’aperçoit que dans le public, ceux qui ont eu une formation scientifique ou technique ne se sont pas donné la peine d’appliquer les lois de la physique élémentaire: le temps joue un rôle décisif, à inclure dans des calculs; il ne suffit pas d’énumérer des sources d’énergie, renouvelables ou non, puis d’énumérer des moyens d’accumulation théoriquement disponibles pour compenser leur intermittence, pour que la chose soit faisable; on doit aussi calculer les quantités de métaux spéciaux nécessaires pour des batteries, par exemple. De plus, on trouve dans les préparatifs concernant l’énergie éolienne des erreurs de calcul de plus de quatre ordres de grandeur, sans que les responsables fournissent d’explications ou rectifient leurs données.

L’étude technique soignée, en détail, de l’ensemble des propositions contenues dans les préparatifs de la LEne, spécialement dans le domaine critique de l’électricité, a mis au jour les motifs du désastre: entre les quantités qui semblaient jouer, mais des moyens d’accumulation matériellement hors situation (ce qui a rendu invalides les simulations du système électrique futur), mais aussi les fausses pistes comme l’hydrogène ou la géothermie profonde, le sort en a été jeté.

On aurait pu aussi vérifier quelle était exactement la nocivité de la radioactivité, vérifier si la peur du nucléaire était justifiée: la découverte en 2010 d’une fraude scientifique ancienne dans ce domaine a révélé l’existence de seuils et démontré une exagération des normes de radioprotection. Le Conseil fédéral n’en a rien dit…

Risque de forte dépendance à l’étranger

D’autre part, il y a plus de 20 ans qu’on sait comment détruire les déchets nucléaires (gorgés d’énergie, ils en contiennent pour au moins un siècle); or il s’agit d’une tâche sous strict contrôle étatique, les développements nucléaires devant rester civils; il y a eu un manque de volonté politique du Conseil fédéral pour procéder au développement de réacteurs à onde de combustion nucléaire – au lieu d’enterrer à grands frais les déchets nucléaires.

La stratégie énergétique suisse, telle qu’elle nous est présentée par la LEne, contient une forte dépendance vis-à-vis de nos voisins allemands et français (car nous ne voulons sur notre sol plus d’usines électronucléaires, ni les polluantes usines électriques à charbon, ni les onéreuses usines à gaz); il n’est pas du tout exclu que l’Europe ait subitement, lors d’un méchant hiver, des pannes nombreuses et sévères.

Risque de dérapage financier

Il coule de source qu’un violent dérapage financier va accompagner en Suisse des processus physiquement bancals, comme en Allemagne ou comme en Australie du Sud: l’électricité qui fonctionnera mal – sans usines thermiques ou si les importations cossues devaient tarir – deviendra un fléau pour des postes de travail très informatisés.

Pour ce qui est des autres domaines de l’énergie, les économies de chaleur sont rentables: il n’y a donc pas besoin de nouvelle loi pour encourager le peuple suisse à les faire; mais les communes et les cantons devront jouer mieux leur rôle en délivrant des permis de construire exigeant 100% de fourniture solaire.

On ne peut raisonnablement, hélas, que voter NON à la LEne le 21 mai.


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© Gabioud Simon (gam)