Le 26 avril 1986, à 1h23 dans la nuit, le réacteur 4 de la centrale Lénine à Tchernobyl devient hors de contrôle. C’est le début d’une catastrophe sans précédent dans l’histoire du nucléaire civil. Des colonnes radioactives s’élèvent au-dessus de l’incendie, formant un énorme nuage toxique, qui se déplace vers l’ouest. Après les forêts ukrainiennes et biélorusses, la Pologne, l’Allemagne, la France et la Suisse sont contaminées par des pluies radioactives de césium 137 et de strontium 90.

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A quelle échelle mesurer les conséquences du désastre? L’implosion du réacteur 4 préfigure l’effondrement de l’Union soviétique. En montrant son incurie et son incapacité à gérer la crise, Moscou laissait éclater au grand jour les limites de son système politique. Et plus le régime tentait d’étouffer le scandale et de mentir sur l’étendue des dégâts, plus l’incompétence des dirigeants se faisait criante.

Le bilan de la catastrophe, autre effet de l’incurie du bloc soviétique, n’a toujours pas été dressé. Les autorités ukrainiennes persistent dans le déni, méprisant aussi bien pour les victimes que pour les héros qui ont évité l’ultime explosion du réacteur. Selon les fourchettes, entre 10 000 et 90 000 personnes ont perdu la vie des suites de l’accident. Mais Kiev continue de plafonner le nombre de décès à quelques centaines. Des dizaines de milliers de personnes développeront des cancers directement liés à la radioactivité échappée de Tchernobyl.

La végétation a repris ses droits dans la zone contaminée. Ironiquement, même le gibier prolifère dans les décombres abandonnés rendus aux sous-bois. La contamination est invisible, mais les mesures montrent qu’elle est cachée dans les troncs et dans les chairs.

La vie des isotopes radioactifs se déroule sur un temps beaucoup plus long que celui de l’histoire. Un sarcophage devrait en 2017 recouvrir le réacteur endommagé et empêcher ainsi la dissémination de la radioactivité. Ce sera le début d’une longue phase de démantèlement des pièces contaminées enfouies sous les gravats de la centrale. L’assainissement partiel des infrastructures prendra des décennies, mais la zone I, la plus polluée, restera dangereuse pour des milliers d’années. Les isotopes de plutonium ont une demi-vie de 24 000 ans, le temps nécessaire pour que la radioactivité diminue de moitié. Les Ukrainiens ne verront donc jamais l’ouverture des zones désormais interdites.

Toutes les leçons n’ont pas été tirées de cette crise. Il y a bien eu une prise de conscience: un accident ne pourra jamais être totalement exclu et lorsqu’il s’agit de technologie nucléaire, les conséquences peuvent être dramatiques. Les améliorations techniques et les innovations scientifiques ne pourront jamais nous protéger contre les défaillances humaines. Mais le monde politique a continué de minimiser les risques et Fukushima nous a montré combien nous étions abusés.