Revue de presse

«N’ayez pas peur»: Donald Trump tente de rassurer les Américains sur la chaîne CBS

En utilisant la parole biblique de feu le pape Jean Paul II, le président élu assouplit quelques-unes de ses positions de campagne: il calme les protestataires en leur faisant quelques concessions, sans abandonner, pourtant, la ligne dure de son programme

Lors d’un long entretien enregistré vendredi 11 novembre chez lui, à New York, donné à l’émission 60 Minutes du réseau CBS et diffusé ce dimanche, le président élu des Etats-Unis, Donald Trump, s’est montré très ferme sur plusieurs dossiers clés de son agenda comme l’immigration ou l’avortement. Tout en essayant – comme il le fait depuis son succès électoral – d’apaiser les craintes suscitées dans de larges pans de la société américaine.

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La Tribune. fr rappelle à ce propos que dans une autre interview, déjà donnée vendredi au Wall Street Journal, le magnat de l’immobilier avait «déjà assoupli ses positions», entre autres sur l'«Obamacare». Il a aussi «affirmé qu’enquêter sur sa rivale Hillary Clinton n’était pas sa priorité». Mais cette fois, il a utilisé une expression qui fait référence à la célèbre injonction biblique popularisée par le pape Jean Paul II le 22 octo­bre 1978, place Saint-Pierre: «N’ayez pas peur», a-t-il lancé aux milliers de manifestants qui le défient quotidiennement dans plusieurs villes des Etats-Unis.

Que faut-il donc retenir de ce long entretien, juste après que Trump eut annoncé la nomination du président du parti républicain, Reince Priebus, comme secrétaire général de la Maison-Blanche, où il orchestrera toute l’administration du nouveau dirigeant? Et celle du controversé Stephen Bannon comme stratège en chef?

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«Quelques concessions, mais aussi un retour à la ligne dure défendue pendant la campagne», estime Courrier international. Et plus précisément, selon Le Monde, les points suivants:

♦ «Il renoncera à son salaire de président», soit «aux quelque 400 000 dollars» par année dévolus à l’exercice de la fonction. Le milliardaire (voir les chiffres de Forbes) a dit qu'«il ne percevrait que le dollar symbolique auquel l’oblige la loi». Ce n’est pas une première, constate cependant LCI: «Avant lui, les présidents Herbert Hoover (1929) et John F. Kennedy (1961), avaient également (renoncé à leur salaire) le premier ayant fait fortune dans l’exploitation minière avant sa nomination, et le second étant issu d’une famille fortunée.»

♦ Il appelle au calme, alors que des tensions traversent une bonne partie des Etats-Unis: «N’ayez pas peur. Nous allons rétablir notre pays», dit-il. Il a également condamné les actes de violence et de harcèlement contre des minorités (musulmans, Noirs ou hispaniques):

♦ Il reste ferme sur les armes à feu et l’avortement, en comptant sur la justice pour faire régner les pro-life, mais se montre flexible sur l’autonomie des Etats en la matière. «Sur les neuf juges, nommés à vie, une place est vacante depuis février dernier. Le Sénat avait refusé la nomination proposée par Barack Obama, laissant ainsi le choix au nouveau président», qui nommera un pro-life, précise BFMTV. Il soutient par ailleurs le 2e amendement de la Constitution faisant «du port d’armes un droit pour chaque citoyen américain».

♦ Il ne remet pas en cause le mariage homosexuel et respecte en cela la décision prise en juin 2015 par la Cour suprême, qui avait affirmé le droit pour les personnes de même sexe de s’unir.

♦ Il compte expulser jusqu’à 3 millions de clandestins, ceux «qui sont des criminels et qui ont des casiers judiciaires, qui appartiennent à des gangs, qui sont des trafiquants de drogue». Il veut «les renvoyer du pays» ou «les mettre en prison». Il «revoit ainsi à la baisse» son engagement de campagne d'«expulser la totalité des 11 millions d’immigrés sans-papiers présents aux Etats-Unis». Il lui est «difficile de faire marche arrière» sur ce thème, analyse le correspondant de Radio France internationale: «On peut parler d’un assouplissement.»

♦ Il veut un mur et «des clôtures» à la frontière mexicaine. Les «clôtures», c’est nouveau, revirement «peut-être dû au fait que le Mexique ait catégoriquement refusé de financer» le mur de la discorde. Profitons de signaler ici que selon Detroit News, des élèves d’une école du Michigan ont chanté «Construis le mur!» à des camarades hispaniques la semaine dernière.

♦ Il se montre plus flexible sur «Obamacare», la loi emblématique du mandat de son prédécesseur qui permet à tous les Américains d’avoir une assurance santé, mais dont le fonctionnement est très critiqué. Elle pourrait être amendée, et non simplement abrogée.

A voir: L’interview en vidéo sur YouTube

La Tribune de Genève relève aussi qu’«après avoir aussi promis sur CBS de faire preuve de «beaucoup de retenue» sur son compte Twitter, il a passé son dimanche à régler ses comptes avec le New York Times (NYT). Le futur président a ainsi twitté que le quotidien new-yorkais s’était «excusé» auprès de ses lecteurs pour la «mauvaise couverture» de sa campagne électorale. La lettre que le NYT a envoyée à ses abonnés ne fait toutefois aucune mention d’excuses et assure au contraire que le quotidien a couvert la campagne avec habileté et créativité.»

Finalement, si l’on en croit le titre de USA Today, après avoir habilement tenté de calmer la moitié du peuple américain qui est contre lui, «Trump en revient à ses fondamentaux».

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