Hans-Rudolf Merz «condamne», mais qui s’en soucie? Hans-Rudolf Merz veut calmer le jeu, mais il y a longtemps, trop longtemps, qu’il a perdu l’autorité de l’arbitre. Et la Suisse avec lui. Car ce qui se passe avec l’Allemagne est très inquiétant. La crise fiscale qui n’en finit plus de se développer et de rebondir avec nos voisins, qui va se rouvrir après la décision du Tribunal administratif fédéral d’interdire le transfert des noms des clients d’UBS promis au fisc américain, nous réserve de fâcheuses surprises auxquelles nous ne sommes pas préparés. Certes, nous avons proclamé, sous la contrainte et dans la plus grande impréparation, que nous abandonnions la distinction entre fraude et évasion. Mais le passé refait surface et, surtout, nous redoutons qu’éclatent au grand jour des pratiques d’assistance active à l’évasion fiscale, contraires à l’esprit et à la lettre de la Convention de diligence que tout banquier suisse est tenu de respecter. Faute d’avoir su convaincre de notre sincérité à tourner la page de l’argent gris, faute d’avoir proclamé que notre singularité en matière fiscale ne serait plus de nature à porter préjudice au droit légitime de nos partenaires, nous risquons la reddition sans condition.

Or, nous avons une responsabilité historique qui nous engage à obtenir une transition qui permette d’atténuer les conséquences d’un changement des règles du jeu. En particulier, pour les contribuables qui ont voulu protéger leur patrimoine de pratiques fiscales autrefois confiscatoires, mais sans utiliser des véhicules frauduleux. Mais aussi longtemps que nous n’aurons pas déclaré haut et fort que le temps de l’argent gris appartient au passé, les réformes proposées sur un ton bougon ne seront pas crédibles. Il ne s’agit pas de céder sans négocier, mais de sortir du réduit national dans lequel se murent encore trop de banquiers et d’élus. La place financière suisse, consubstantielle de la richesse de ce pays, peut affronter une compétition. Elle est en droit d’exiger qu’elle soit régulière, appliquée par tous, mais elle ne peut plus vivre de l’illusion d’un secret bancaire qui s’accommode de l’argent gris.

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