Le signal est fort: le régime iranien vient de décider d’abolir la police des mœurs, le Gasht-e Ershad. C’est elle qui a mené à l’arrestation de Mahsa Amini, accusée d’avoir violé le code vestimentaire strict de la République islamique. La jeune Kurde iranienne a été battue à mort en prison.

Faut-il se réjouir d’une telle abolition? Beaucoup ont voulu voir dans cette décision un geste envers les manifestants qui dénoncent depuis un peu moins de trois mois un régime totalement déconnecté de la société iranienne. Mais le peuple iranien, qui défie le pouvoir, n’est pas dupe. L’abolition de la police des mœurs instaurée par le président ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad et activée dès 2006 révèle une mesure prise en urgence par un régime aux abois.

Les informations de samedi 3 et dimanche 4: L’Iran abolit sa police des mœurs

La contestation ne faiblit pas

Malgré les plus de 400 personnes tuées par le puissant appareil répressif iranien, la contestation ne donne aucun signe d’apaisement. Les revendications de la société iranienne vont bien au-delà d’une mesure en apparence généreuse. Elles visent désormais à l’instauration d’une société démocratique, ouverte et moderne, à l’abolition de lois fortement discriminatoires à l’égard des femmes.

Aujourd’hui, on peut être admiratif du courage et de la détermination du mouvement de protestation, dont la puissance dépasse tout ce qu’on a pu voir depuis la Révolution islamique de 1979. Mais le régime est loin d’avoir dit son dernier mot et il est à craindre qu’il intensifie encore la répression déjà en partie militarisée, notamment dans le Kurdistan et Baloutchistan iraniens. Le prix de la quête de liberté des Iraniennes et des Iraniens pourrait être dramatiquement élevé.

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La puissance de la formation

Il reste que ce qui se passe en Iran, et dans une moindre mesure en Chine ces jours-ci, démontre deux choses: la première est la puissance de l’éducation. Le président américain Thomas Jefferson le disait au début du XVIIIe siècle: avoir des citoyens éduqués est une exigence vitale pour la survie d’un peuple libre. En Iran, la société a un niveau d’éducation remarquable. Il n’est donc pas surprenant qu’elle aspire à la liberté.

L’autre fait marquant est la force et la résilience des femmes. Elles représentent la majorité des étudiants universitaires en Iran. Ce sont elles qui ont osé défier les premières un régime inflexible, fossilisé, dont les convictions datent d’un autre âge. Leur arme la plus redoutable: elles ont un sens aigu de la communauté. Elles y jouent un rôle bien plus important que celui qu’on leur attribue officiellement. Il est difficile pour le régime de les accuser de vouloir saper la nation iranienne en tant que telle.

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