Les autorités sanitaires mondiales ont appelé l'Afrique à «se réveiller» face à la menace du nouveau coronavirus, soulignant que le continent devait se préparer au pire, indique Radio France internationale (RFI). «Plus de 200 000 cas ont été signalés à l'OMS et plus de 8000 personnes ont perdu la vie», insiste-t-elle ce mercredi, ajoutant que si «l'Afrique a été tardivement affectée par la pandémie, [...] le nombre de cas a rapidement augmenté».

Même chose en Amérique latine, où la menace se précise de plus en plus. Selon un bilan établi par l'AFP à partir de chiffres officiels, elle «compte désormais plus d'un millier de cas de Covid-19 pour neuf morts, dont un premier au Brésil, à São Paulo». La carte mondiale et les tableaux du nombre de morts et de cas confirmés publiés par Le Journal des femmesle disent bien: l'hémisphère Sud est encore relativement «épargné». Mais il ne faut pas en tirer des conclusions hâtives.

Selon le site Futura-Sciences, «on sait que la grippe, par exemple, est un phénomène saisonnier, l'arrivée du printemps entraînant une baisse significative du nombre de cas» et l'on voit aussi «que le Covid-19 semble se propager moins vite dans les pays de l'hémisphère Sud», qui arrivent à la fin de l'été. «Cette situation, poursuit-il, est liée à plusieurs phénomènes liés à la fois à la nature du virus et à nos comportements»: «Le virus de la grippe semble mieux survivre par temps froid et sec, avec moins de lumière ultraviolette», indique un professeur de virologie au site The Conversation.

La chaleur ralentit seulement

Seulement voilà. Peut-on vraiment comparer la grippe et le coronavirus  Sars-Cov-2? «Le mode de transmission (par microgouttelettes lorsqu'on éternue) est en tout cas identique», et le site de la revue Social Science Research Network prétend «qu'une température élevée et une humidité relative élevée réduisent considérablement la transmission de Covid-19. [...] Mais attention: la chaleur ne tue pas le virus et ne l’empêche pas de se propager: elle ralentit simplement sa progression.»

De plus, si les cas «semblent moins nombreux en Afrique, c'est peut-être en raison d'une moins bonne détection du virus ou parce que les personnes âgées, les plus vulnérables, sont en minorité», suggère de son côté Etienne Decroly, directeur de recherche au CNRS, interrogé par LCI. Sans compter que l'on constate encore ceci, qui crève les yeux:

Une intense propagation du virus en Europe [...], alors que justement l'hiver n’a jamais été aussi doux et humide

Bref, tout concourt à rester prudent: «Mieux vaut ne pas compter sur la seule arrivée des beaux jours pour infléchir la tendance.» Il faudrait des températures d'au moins 30°C, selon le même chercheur, qui précise cette chose importante sur le site SciencePost.fr: ces raisonnements «météorologiques» ne conduisent qu'à des hypothèses. Non encore vérifiées, cela va sans dire. Mais mieux en le disant. D'autant que «le temps qu'il fait» n'a guère d'influence sur les problèmes de sécurité au Sud.

Au Nigeria, après Ebola

Prenons simplement l'exemple du Nigeria, avec le site Eurotopics.net. Le quotidien anglophone This Day y écrit qu'«il est louable que les autorités [...] aient déjà pris des mesures pour garantir que l'épidémie n'occasionne pas de nouvelle crise du système de santé, dans un pays confronté à d'innombrables défis. [...] Si le coronavirus, depuis les deux régions de Lagos et d'Ogun, devait se propager rapidement à d'autres parties du pays incapables de faire face à de telles situations d'urgence, alors le Nigeria, qui avait affirmé avec fierté être le premier Etat à avoir contenu l'épidémie d'Ebola en 2014, se retrouverait en fâcheuse posture.»

Pour l'heure, c'est donc plutôt la bouteille à l'encre au Sud. Là où «la qualité des systèmes de surveillance [...] est parfois inégale», Le Journal du dimanche suppose cependant que des pays comme l’Australie, le Chili ou l’Argentine «ont un suivi précis des cas d’infection». La période estivale pourrait avoir a «un impact» sur la propagation, du fait qu'«on aère plus les habitations», qu'«on passe plus de temps à l’extérieur» et qu'«on vit de façon moins confinée». Donc, on se contaminerait moins.

Mais c'est oublier que «dans l’hémisphère Sud, avec l’arrivée de l’automne et de l’hiver, l’épidémie [...] risque de flamber», comme «chaque année pour la grippe». Cela «soulève de sérieuses inquiétudes» aux yeux de l'hebdomadaire polonais Polityka, lequel s'alarme du fait «que des millions d'Africains sont déjà affaiblis par des maladies très répandues – sida, tuberculose ou malaria». Ainsi, leurs fragiles systèmes de santé «ne seront vraisemblablement pas» en mesure de détecter et de soigner la nouvelle infection.

Allers et... retours... sans fin?

Chaque jour de cette semaine, Antoine Flahault, épidémiologiste genevois, répond à une question de Heidi.news. Dans les relations Nord-Sud, il évoque aussi les effets «boule de neige». «Les saisons pourraient jouer un rôle dans l’évolution de la pandémie. L’été arrivant pourrait freiner la vague», explique-t-il. Mais «s’il y a des foyers intenses dans l’hémisphère Sud qui se développent pendant l’hiver austral, il est possible que cette épidémie revienne chez nous à l’hiver, un peu comme la grippe». En tout cas jusqu'à  la découverte d'un vaccin efficace.

Un scénario guère encourageant, d'autant que «dans les ruelles étroites, encombrées et poussiéreuses» du Sud, «parfois dépourvues d'eau courante, respecter les mesures de distanciation sociale et se laver régulièrement les mains relève du vœu pieux», prévient enfin le Tages-Anzeiger, à Zurich. «Dans de nombreux pays pauvres, seuls les riches ont accès à des soins médicaux dignes de ce nom. [...] Plus de 40% des actifs brésiliens travaillent dans le secteur de l'économie informelle, et n'ont donc ni contrat de travail, ni congés maladie, ni assurance chômage. [...] Le pire danger lié au coronavirus, c'est celui d'une explosion sociale dans l'hémisphère Sud.»


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