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L’Agence télégraphique suisse reste méconnue du grand public mais elle est plus que jamais une ressource vitale pour tous les médias du pays.
© GAETAN BALLY / Keystone

Éditorial

Il ne faut pas oublier l’ATS

ÉDITORIAL. L’Agence télégraphique suisse subit dans la discrétion l’une des restructurations les plus profondes de son histoire. A l’heure où l’attention politique se concentre sur la SSR, il serait bon de ne pas oublier le rôle de l’ATS pour la cohésion nationale

Cela arrive parfois. Certains lecteurs nous demandent qui est ce mystérieux «ATS» qui signe tant d’articles sur des sujets si variés. Cette question, certes anecdotique, souligne deux réalités: l’Agence télégraphique suisse reste méconnue du grand public mais elle est plus que jamais une ressource vitale pour tous les médias du pays. A l’heure où elle traverse l’une des crises les plus graves de sa longue histoire, les politiciens devraient mieux s’en souvenir.

Car, depuis quelques jours, l’ATS ne se contente plus d’être une signature discrète après le point final des articles. Elle en est devenue le sujet. Sa direction a annoncé lundi une restructuration pouvant entraîner la suppression de près de 40 postes de journaliste.

Lire aussi: Pourquoi l’ATS traverse une crise

Les raisons? Multiples et complexes. Comme le résume un historien dans nos pages, le problème se niche dans la transformation structurelle de l’entreprise: longtemps, ses propriétaires – les groupes suisses de médias, qui sont aussi ses principaux clients – n’avaient pas d’ambitions commerciales pour cette société. Cela devrait changer avec l’arrivée prochaine de nouveaux actionnaires autrichiens. L’ATS, en passe de fusionner avec l’agence photographique Keystone, traverse aujourd’hui une crise. La baisse constante des revenus de ses principaux clients, les médias, génère de pénibles négociations sur ses tarifs. La multiplication de l’information sur Internet donne, en plus, cette impression générale que ce qu’elle produit ne coûte rien. Pour dégager de nouveaux revenus, elle s’est mise à la vidéo et entend développer des activités de relations publiques en marge de sa production éditoriale.

Lire également: En difficulté, l’ATS va supprimer jusqu’à 40 postes sur 180 (08.01.2018)

Pour l’heure, le fait que l’agence plus que centenaire soit aujourd’hui sous une telle pression préoccupe surtout les journalistes. Il faut dire que l’ATS représente pour eux un filet de sécurité, une base solide sur laquelle ils construisent leur travail au quotidien. Les politiciens, eux, ne s’y intéressent que de loin: au milieu du vacarme assourdissant provoqué par «No Billag», le démembrement progressif de l’ATS ne fait de bruit ni à droite ni à gauche. 

Sur une échelle du désastre médiatique, son délitement équivaudrait pourtant à la disparition de la SSR. En particulier pour cette fameuse «cohésion nationale» brandie à tout va lors des discussions sur cette initiative. Moins d’ATS, c’est moins de Suisse! Ses traductions précieuses et son réseau national permettent à ce petit pays quadrilingue de dialoguer avec lui-même.

Lire aussi: «La presse n’a pas toujours été une entreprise commerciale» (10.10.2017)

Sans compter qu’à l’heure des fake news, le soin maniaque qu’elle apporte à la vérification de l’information est d’une valeur inestimable. La Confédération l’a bien compris, elle qui verse chaque année plus de 3 millions de francs à l’agence (10% de son budget) sous la forme d’un abonnement généreux à ses services. Et qui prévoit de lui octroyer une portion de la redevance dès 2019.

A des années-lumière des plateaux de télévision bien éclairés et des présentateurs vedettes de la SSR, le quotidien de l’ATS est plutôt composé de bureaux grisâtres et de journalistes de l’ombre. Pour des politiciens toujours en quête de visibilité, on comprend que cette cause soit moins facile à défendre. Il est pourtant impératif de ne pas oublier l’ATS.

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