Pour résumer la présidentielle française, deux termes reviennent souvent. D’un côté, «la France forteresse», repliée sur elle-même et rêvant de rompre avec les solidarités européennes. De l’autre, une «France ouverte», suffisamment confiante dans son avenir pour affronter, sans renier ses engagements, les défis du prochain quinquennat.

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La première, on l’a compris, est celle que prétend défendre Marine Le Pen, alliée au souverainiste Nicolas Dupont-Aignan. La seconde inspire le programme d’Emmanuel Macron. Ces deux France se sont retrouvées, lundi 1er mai, au cœur de leurs deux meetings, avant leur affrontement télévisé de mercredi. La famille Le Pen, comme chaque année, a brandi en étendard la mémoire de Jeanne d’Arc. Le candidat «d’En Marche!» a ravivé le souvenir de la déportation et de l’horreur de la seconde guerre mondiale, après ses visites Oradour-sur-Glane puis au mémorial de la Shoah.

Ces lourdes références historiques ne doivent pas faire oublier l’enjeu présent. Dans l’immédiat, renvoyer l’héritière de la dynastie FN aux fantômes du fascisme et du nazisme n’a aucun sens. Les institutions démocratiques françaises sont solides, le Front national est le premier parti du pays et l’état de la société hexagonale, malgré le vent de colère qui souffle, ne peut pas être comparé au sombre délitement des années trente.

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Le vrai débat doit porter sur l’avenir. La France, puissance mondiale, doit-elle donner le signal généralisé du repli? Les régions «périphériques» et économiquement abandonnées peuvent-elles croire que leur réindustrialisation viendra du seul rétablissement unilatéral des frontières et du retour au franc français que Marine Le Pen entend soumettre à référendum? L’hexagone doit-il, en 2017, plonger dans un climat nationaliste-révolutionnaire que ne manquerait pas d’engendrer l’accession du FN à l’Elysée? Les doléances légitimes de l’électorat frontiste dont nos reportages racontent cette semaine les inquiétudes et la détresse justifient-elles de prendre en otage l’avenir des nouvelles générations et celui de l’Europe?

C’est à cette question que les Français devront répondre dimanche, avant de le confirmer ou de le nuancer lors des législatives des 11 et 18 juin. Or vu de Suisse, la réponse paraît claire: une France aux mains de Marine Le Pen, anxiogène, inquiétante, fracturée et économiquement bercée par l’illusion de l’étatisme, n’a rien de souhaitable pour notre grand voisin.

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